Plus de 300 acteurs de la santé et de la prévention*, le « groupe des Coalisés », mettent sur la table une feuille de route sur la prévention en santé. Ils plaident pour une approche « systémique », axée sur le préventif plutôt que le curatif, mais aussi populationnelle, prenant en compte les déterminants de la santé.
Leur démarche pourrait se concrétiser par une proposition de loi « à la rentrée », ont annoncé deux de ses initiateurs, le député et médecin Cyrille Isaac-Sibille (MoDem), et le Pr Franck Chauvin, ancien président du Haut conseil de la santé publique (HCSP), lors d’un point presse.
Avec le sénateur Xavier Iacovelli (LaREM), ils ont entamé leur réflexion en parallèle du Conseil national de la refondation (CNR) en santé, un exercice « centré sur l’offre de soins », pressentait alors le député qui craignait que la prévention ne soit « escamotée », raconte-t-il.
Réduire les inégalités
Deux journées parlementaires, 114 contributions écrites et 5 ateliers plus tard, une feuille de route est rédigée en avril dernier avec la volonté d’insuffler un nouvel élan à un système de santé fondé en 1945 et dans lequel la santé relève « du champ individuel » et les comportements de santé « de la responsabilité des individus », a résumé le Pr Chauvin. À cette orientation, s’est ajouté un « tournant hospitalo-centré » dans les années soixante-dix, qui répond mal à la croissance des maladies chroniques qui « sature notre système de santé », poursuit-il. La « promesse de 45 » a débouché sur « un système inégalitaire » avec une différence d’espérance de vie de 13 ans entre un cadre et un ouvrier, ajoute le Dr Isaac-Sibille.
Pour inverser la tendance, les Coalisés proposent une politique « systémique », proche des recommandations émises par le Pr Chauvin dans son rapport « Dessiner la santé publique de demain », remis en mars 2022 au ministre de la Santé. Il s’agit d’abord de « donner de la visibilité et un horizon temporel » aux politiques de prévention jugées encore trop sectorielles, explique Cyrille Isaac-Sibille. Contrairement aux idées reçues, « des résultats rapides sont possibles », assure le député. Le seul plan « vélo et mobilités actives » pourrait permettre d’éviter « 10 000 décès prématurés à l’horizon 2030 », anticipe le Pr Chauvin.
Cette approche réclame un « portage politique », une « incarnation » et des discussions, poursuit le député. La stratégie nationale de santé reste « trop peu connue » des Français et « pas assez discutée » avec les acteurs concernés. Les Français doivent savoir « où on les emmène », insiste-t-il, préconisant la définition de priorités claires et d’indicateurs de suivi : « quand il y a trop de priorités [une centaine dans la stratégie nationale de santé, NDLR], c’est qu’il n’y en a pas », tacle-t-il.
Un appui sur l’existant
L’enjeu n’est pas de créer de nouvelles structures ou hiérarchies, mais de « coordonner les acteurs localement » sans nécessairement désigner un « chef de file », poursuit le député. « De nouvelles méthodes sont à mettre en place », ajoute-t-il, avançant l’idée de créer un « centre de ressources sur les actions probantes », pour mettre à disposition un panel de dispositifs et de mesures « qui fonctionnent » et dont l’efficacité est établie par une démarche scientifique.
La feuille de route plaide aussi pour une approche populationnelle ciblée dans l’optique de lutter contre les inégalités de santé. « Toutes les politiques égalitaires sont inéquitables », rappelle le Pr Chauvin, en référence aux travaux de Michael Marmot, ancien président de la Commission sur les déterminants sociaux de la santé de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). « Ce ne sont pas ceux qui en ont le plus besoin qui se saisissent des dispositifs », poursuit-il, justifiant la mise en place de politiques d’« aller vers ».
Trois « lieux de vie » sont identifiés comme propices aux actions de prévention et de promotion de la santé : le milieu scolaire et universitaire, le monde du travail et les lieux de résidence des seniors. Mais les professionnels de santé ne doivent pas être les seuls engagés dans la prévention. Reprenant un des thèmes du rapport du Pr Chauvin, qui invitait à intégrer la santé publique dans toutes les politiques publiques, Cyrille Isaac-Sibille plaide pour la création de « nouveaux métiers en santé » (médiateurs, référents ou ambassadeurs pour l’aller vers, etc.), mais aussi pour la formation à la santé de nombreux métiers, « des RH » aux « urbanistes et architectes ».
La feuille de route recommande enfin plus de visibilité sur les financements. « L’argent, il y en a », assure le député, et des initiatives sont lancées « partout ». L’enjeu relève selon lui de la transparence et de la coordination des leviers disponibles. Par exemple, « 2 % des montants des contrats de mutuelle doivent être dédiés à la prévention. C’est un levier », cite-t-il, invitant à « mieux flécher » les financements. Et de prévenir : « Les dépenses de santé liées aux maladies chroniques augmentent de 3 % chaque année. Le système va imploser ».
*Représentants du ministère et des institutions de santé, professionnels de santé, organisations professionnelles, associations de patients, acteurs de la prévention, mutuelles, etc.
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