Le CCNE rend un rapport sur la biodiversité, et promet l'avis sur l'AMP avant la fin juin

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Publié le 07/06/2017

Le Comité consultatif national d'éthique (CCNE) rend public ce 7 juin un rapport, le 125, sur « biodiversité et santé », sous-titré « nouvelles relations de l'humanité avec le vivant ? ».

C’est le premier rapport publié sous la nouvelle présidence du Pr Jean-François Delfraissy, qui devrait être suivi par celui – très attendu, notamment par le pouvoir politique – sur l'assistance médicale à la procréation (AMP), « d'ici à fin juin », a promis l'ancien directeur de l'Agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites virales (ANRS). « On a reproché au CCNE de n'avoir pas rendu beaucoup d'avis. Il y en aura 4 ou 5 en 2017 », a-t-il précisé, évoquant outre ceux sur la biodiversité et sur l'AMP, un travail sur les neurosciences, le vieillissement, et la santé des migrants, comme il l'avait déjà indiqué au « Quotidien » lors de son entrée en fonction.

Ce rapport 125 s'inscrit dans le prolongement de la contribution que le CCNE avait publiée en novembre 2015, la veille de la 21e conférence sur les changements climatiques (COP21), a indiqué l'un de ses rapporteurs, Michel Van Praët. Il propose une révision de plusieurs concepts fondateurs, à commencer par la notion de progrès, qui ne tient pas face aux atteintes que l'humanité fait subir à la diversité du vivant. Plutôt que d'assimiler progrès à maîtrise croissante du vivant, il faut, selon le CCNE, assumer le fait que l'humain est une composante de l'humanité, et que son développement ne peut se faire au prix de perturbations mettant en cause les capacités d'adaptation et d'évolution des écosystèmes et des espèces. Le comité préconise donc de privilégier le concept de coévolution entre humain et vivant plutôt que de maîtrise de l'un sur l'autre.

Dans cette cohabitation, l'humain, plutôt que de chercher à conserver le vivant, à préserver un état donné de la biodiversité à un instant précis, devrait, selon le CCNE tâcher de préserver la capacité du vivant à se diversifier et de la biodiversité à se renouveler.

Le CCNE appelle aussi à revoir la définition de la santé de l'Organisation mondiale de la santé (« état de complet bien-être physique, mental et social, et non seulement une absence de maladie ou d'infirmité »), en l'élargissant à l'environnement. « L'être humain vit dans un écosystème complexe où chaque individu constitue lui-même un écosystème. Cette compréhension scientifique nouvelle nécessite de repenser la santé humaine selon une approche multi-échelles et interdisciplinaire, intégrant les concepts de biodiversité et d'évolution biologique », dit le rapport.

Responsabilité éthique des savants

Le CCNE appelle à un partage des connaissances, et plus globalement à une responsabilité éthique accrue des communautés scientifiques dans leurs travaux, surtout dans un contexte où les technologies de transformation du génome sont de plus en plus performantes. « On s'adresse aux chercheurs non seulement pour revisiter les programmes de recherches jusque-là construits sur la maîtrise du vivant, en prenant en compte cette coévolution de l'humanité avec le vivant, mais aussi pour partager des connaissances nouvelles indispensables, y compris avec la société civile », ou encore s'intéresser aux causes souvent complexes de phénomènes comme la disparition des abeilles, a déclaré Pierre-Henri Duée, second rapporteur. Et d'assigner aux comités d'éthiques le rôle de lanceurs d'alerte.

Un rôle que le Pr Jean-François Delfraissy entend tenir à l'échelle internationale, a-t-il précisé. Fin juin, il rencontrera les comités d'éthiques britanniques et allemands, puis entend construire une réflexion sur l'intelligence artificielle avec le Canada, avant de participer à un sommet des comités d'éthique qui devrait se tenir à Dakar en mars 2018.

L'ouverture des débats éthiques à la société civile fait aussi partie des priorités du nouveau président du CCNE, a indiqué le Pr Delfraissy, assurant qu'elle sera consultée lors de la révision de la loi de bioéthique, prévue fin 2018, notamment via les espaces éthiques régionaux.


Source : lequotidiendumedecin.fr