DE NOTRE CORRESPONDANT
PRÉPARÉ par un médecin et sénateur français, le Dr Jean-Louis Lorrain, et une sage-femme et sénatrice suisse, Liliane Maury Pasquier, le rapport adopté à Strasbourg par l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (1) souligne les effets dramatiques des politiques d’austérité sur la santé des Européens et sur l’organisation même des systèmes de santé. Si diverses études avaient déjà relevé les effets délétères des mesures de rigueur, ce sont cette fois des parlementaires élus qui publient un texte politique sur le sujet, même si sa portée législative reste limitée.
Les patients démunis en première ligne.
Le document adopté à l’unanimité montre que la crise et le chômage réduisent non seulement les ressources publiques (conduisant à des mesures d’économies) mais appauvrissent directement les citoyens et creusent les inégalités d’accès aux soins. Dans les nombreux pays où la protection sociale est subordonnée à un emploi, les groupes vulnérables sont particulièrement touchés.
Parallèlement, la progression des « restes à charge » en santé (consultations, médicaments, transports...) frappe les patients de plein fouet, y compris dans les pays les plus riches. En 2010, un Français sur sept affirmait renoncer à des soins de santé. Même la Suisse n’est pas épargnée... En Géorgie, l’un des pays les plus pauvres d’Europe, le reste à charge moyen en santé moyen représente 75 % des dépenses des ménages, ruinant les familles précaires.
Corruption.
Le rapport s’alarme également de l’évolution du comportement des professionnels de santé dans les pays les plus touchés par la crise, avec un développement préoccupant de la fraude et de la corruption. Dans les États dont le système de santé se délite ou qui rémunèrent mal leurs soignants, il est tentant de demander des pots de vin pour accéder aux soins, analyse le Conseil de l’Europe qui réclame une formation à l’éthique pour tous.
En Grèce, des hôpitaux réclament plusieurs centaines d’euros de « frais » pour... rendre aux mères leurs nouveaux nés, relève le rapport. Ce dernier dresse un tableau dramatique du système de santé grec, touché par le départ de nombreux médecins. Quant à l’association Médecins du Monde, elle voit affluer les citoyens grecs, incapables de payer la participation exigée sur les médicaments (25 %). Dans plusieurs villes, des bénévoles ont créé des centres de santé gratuits pour les personnes privées de couverture sociale...
Le cas des étrangers irréguliers.
Le rapport du Conseil de l’Europe met enfin l’accent sur la situation dégradée des étrangers en situation irrégulière et des Roms. Au-delà des drames individuels, rappelle-t-il, l’exclusion des soins peut avoir des implications catastrophiques pour la santé publique. « Tous ces exemples montrent que les politiques d’austérité, dictées uniquement par des impératifs budgétaires, ne marchent pas et coûtent des vies », conclut Liliane Maury Pasquier.
Dans sa recommandation associée au rapport, l’Assemblée parlementaire du conseil de l’Europe exhorte les États membres à prendre des mesures pour que le coût des soins ne devienne pas un obstacle à leur accès, par exemple en promouvant l’utilisation des médicaments génériques. Elle insiste aussi sur le « droit fondamental » à la santé, quels que soient les moyens financiers, le statut de séjour ou le lieu de résidence.
(1) Distincte du Parlement européen, l’Assemblée parlementaire compte 318 membres, tous députés ou sénateurs siégeant dans les parlements nationaux des 48 États membres du Conseil de l’Europe.
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