LE QUOTIDIEN – Quel jugement portez-vous sur le rapport Hubert, dont Nicolas Sarkozy vient de s’inspirer pour relancer le dialogue avec les médecins libéraux ?
Dr MICHEL LEGMANN – Je ne peux que me féliciter des principaux points que Madame Hubert évoque dans son rapport puisqu’ils recoupent assez précisément ceux que j’avais évoqués dans le rapport que j’ai commis début 2010 en sept semaines seulement, avec mon groupe de travail et le renfort conséquent des travaux du CNOM.
Quels sont selon vous les points de similitude ?
Tout d’abord, Élisabeth Hubert me rejoint dans la désapprobation de toute mesure coercitive. Par ailleurs, elle partage notre analyse en préconisant une réforme des études, afin de mettre le plus rapidement possible en contact les étudiants avec les réalités de l’exercice professionnel, notamment en leur faisant effectuer précocement des stages de médecine générale. Elle reprend aussi mon idée de permettre aux médecins d’avoir des perspectives d’évolution de carrière, ainsi que le rétablissement de certaines compétences permettant de diversifier l’exercice. Sur la question des maisons et pôles de santé, Guy Vallancien a déjà fait un rapport très complet, et Élisabeth Hubert fait un certain nombre de recommandations qui rejoignent les nôtres. De plus, dans mon rapport figurait l’idée de décharger les médecins des tâches administratives, et de les préserver du harcèlement dont ils sont l’objet à travers les contrôles de la CNAM. C’est à juste titre que Madame Hubert reprend tout cela dans son rapport. D’autres pistes que j’avais évoquées sont également reprises, comme l’entrée des généralistes dans les hôpitaux et la possibilité donnée à certains médecins hospitaliers d’exercer en ville. Quant à la partie du rapport Hubert consacrée à la télémédecine, l’Ordre s’est déjà investi dans ce dossier, et notre vice-président Jacques Lucas participe à toutes les commissions de l’ASIP-Santé. Enfin, sur le chapitre des coopérations entre professionnels de santé, l’Ordre travaille à ces questions depuis un bon moment. Sans oublier la couverture sociale des praticiens : l’Ordre a déjà réclamé une couverture améliorée pour nos consœurs dans le cadre de la prise en charge du congé maternité. À l’inverse, il y a un point qui n’est évoqué que de façon marginale dans le rapport Hubert, c’est celui des médecins retraités. Ils sont plus de 40 000, mais il n’y en a que 5 000 qui poursuivent un exercice. J’estime que cette participation peut-être au moins doublée, mais le dispositif actuel n’est pas suffisamment attractif. Il faut aller plus loin, et diminuer les charges restantes de manière significative.
Vous voyez donc de grandes similitudes entre votre rapport et celui d’Élisabeth Hubert ?
C’est un euphémisme ! Très sincèrement, qu’on me démontre là où nous divergeons. Élisabeth Hubert connaît parfaitement l’exercice de la médecine, quant à moi je suis dans ma 42e année d’exercice libéral, hospitalier et salarié. J’ai donc une vision et une expérience des différents modes d’exercice qui m’autorise à bien appréhender tous ces problèmes quand je songe aux critiques parfaitement injustifiées dont j’ai fait l’objet de la part de certains et alors que toutes mes recommandations se retrouvent d’actualité.
Comment analysez-vous le chapitre du rapport Hubert sur la refonte de la grille des rémunérations ?
C’est une bonne idée d’essayer de graduer et de hiérarchiser des consultations entre les renouvellements d’ordonnance et les examens cliniques approfondis par exemple. Sur le plan pratique, cela me paraît toutefois extrêmement difficile à mettre en place, et à vrai dire je n’y crois pas beaucoup. Je n’ai d’ailleurs pas entendu de réactions positives à ce propos de la part des responsables de la CNAM. Je pense qu’ils ont raison d’être prudents sur d’éventuels dérapages que cela pourrait entraîner. Je ne suis pas certain que la solution soit là, même si je suis persuadé qu’il faut améliorer les conditions matérielles de l’exercice de la médecine générale et des autres spécialités, dont certaines sont en déshérence. La solution passe par la diversification des modes de rémunération, par le maintien du paiement à l’acte, par la création de forfaits, et par une part de salaire puisque les jeunes le réclament.
Ce rapport fait suite à plusieurs autres, que faut-il faire pour passer des rapports aux actes ?
C’est la vraie question parce qu’on pourra demander un 3e, un 4e ou un 5e rapport, les conclusions sont désormais assez claires et elles ne feront que se répéter. Ce qu’il faut, c’est une volonté politique. Je ne l’ai pas encore perçue, et le président de la République reconnaît aujourd’hui, comme je l’avais souligné devant ses conseillers voilà plus d’un an, qu’une convention qui au bout de cinq ans aboutit – et avec quelles difficultés ! – à un euro de majoration, n’est pas une solution tant s’en faut. Ce mode de fonctionnement est complètement dépassé, et je revendique de l’avoir dit en haut lieu. Je me félicite donc que le président aille aujourd’hui dans ce sens. Les politiques doivent comprendre et admettre que la spectaculaire mutation sociétale bouleverse également le monde médical qui doit bénéficier de la même révolution organisationnelle.
Nicolas Sarkozy, lors de son déplacement dans le Calvados, a parlé des maisons et pôles de santé. Comment jugez-vous le statut juridique qu’il propose de mettre en place par voie législative ?
En la matière, je ne suis pas sûr qu’il soit nécessaire de recourir à des dispositions très complexes. Un statut comme celui de la SCM (société civile de moyens), avec un mandat des professionnels qui y travaillent pour qu’elle reçoive des fonds, ce qui est possible juridiquement dès à présent, suffirait amplement. C’est donc réalisable sans avoir recours à la loi, et cette piste est le résultat de l’étude juridique approfondie effectuée par les différents ordres de professionnels de santé. Il ne paraît donc pas indispensable d’aller chercher des dispositions très compliquées qui risqueraient de retarder la mise en place de ces pôles de santé.
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