CONTRIBUTION - Bonne santé, bonne année ! Depuis plusieurs années, les professionnels du soin et les associations tirent la sonnette d’alarme sur la dérive de notre système de santé : manque de moyens à l’hôpital, déserts médicaux, consultations en médecine de ville de plus en plus complexes…
La pandémie de COVID-19 a encore aggravé cette situation et joué le rôle de révélateur des carences graves d’un système qui ne tient que grâce à l’abnégation admirable des personnels et professionnels du soin.
Si ces difficultés structurelles ont des causes multiples, certaines intrinsèques à l’organisation du soin et au manque de moyens, d’autres sont plus profondes, en lien avec l’épidémie de maladies chroniques qui s’observe depuis ces dernières décennies.
Un système trop centré sur le soin
Cancer, diabète, obésité, asthme, hypertension, insuffisance cardiaque, troubles de la thyroïde, maladies neurodégénératives, douleurs chroniques, dépression, autisme… : vingt et un millions de personnes, un Français sur trois est concerné ! Deux tiers des dépenses de santé y sont consacrés. Cette dégradation conduit à des drames humains qui pourraient être évités et, qui, si rien n’est fait, conduira à la faillite de notre système médical et social, à l’accroissement des inégalités sociales et géographiques et à l’épuisement des personnels soignants.
Paradoxalement, alors que la santé est sans aucun doute notre bien le plus précieux, notre société ne se mobilise pas efficacement contre les causes des maladies chroniques non transmissibles et de l’infertilité qui frappent une part de plus en plus importante de la population. Ce déni des causes empêche toute action de prévention et de réduction des risques et conduit à un système centré sur le soin plus que sur la santé elle-même.
De nombreux facteurs de risques
Le vieillissement de la population ne peut expliquer à lui seul cette situation. Au-delà du tabac et de l’alcool, de nombreux autres facteurs de risques environnementaux plombent notre santé, le système de soins et la Sécurité sociale : toxiques chimiques, pesticides, perturbateurs endocriniens, additifs alimentaires, métaux lourds, fibres et particules fines, microplastiques, nanomatériaux, bruit, champs électromagnétiques, temps d’écran… les lieux où nous habitons, étudions, travaillons, nos produits de toilette et cosmétiques, de ménage et de lessive, certains produits de santé, etc., jusqu’au lait maternel et au cordon ombilical des enfants à naître. L’impact de ces facteurs environnementaux sur l’épidémie de maladies chroniques est aujourd’hui scientifiquement établi.
De plus, ces maladies, pourtant évitables, nous fragilisent face aux pandémies : les victimes du Covid sont prioritairement les personnes atteintes d’obésité, de diabète, de maladies. Chacun de nous connaît dans son entourage au moins une personne souffrant de diabète, d’asthme, atteinte par un cancer, ou est lui-même directement concerné.
Cette situation dramatique est d’autant plus intolérable lorsqu’elle touche des enfants ou des jeunes. C’est l’avenir qu’on assassine.
Les écosystèmes étant aussi directement impactés, la crise sanitaire se conjugue à la crise de la biodiversité.
L'urgence d'une expertise internationale
Ceci n’est pas une fatalité. Il est possible d’agir pour un environnement plus sain, qui nous permette de mieux vivre : les connaissances scientifiques doivent être traduites en actes qui nous protègent vraiment, nous, nos enfants et la planète. L’action au niveau national est une exigence démocratique mais elle n’est pas suffisante dans notre monde interdépendant. Comme pour la crise climatique et pour la crise de la biodiversité, un groupe d’experts internationaux doit être constitué pour éclairer les décisions publiques en la matière.
En cette période de vœux de bonne santé, et à la faveur d’un contexte politique unique – présidence française de l’Union européenne et élections nationales, le Collectif Inter-associatif pour la santé environnementale entend faire entendre la voix des citoyens pour placer la bonne santé au cœur des objectifs de santé publique pour enrayer l’épidémie de maladies chroniques et d’infertilité.
Nous invitons les professionnels de la santé à s’engager à nos côtés, en faveur d’une politique de la « bonne santé » et pour la création d’un « GIEC » de la santé environnementale en soutenant la campagne-pétition « Bonne santé, bonne année : Nous voulons vivre en bonne santé dans un environnement sain ».
Lien vers la pétition : agir.greenvoice.fr
Cette contribution n’a pas été rédigée par un membre de la rédaction du « Quotidien » mais par un intervenant extérieur. Nous publions régulièrement des textes signés par des médecins, chercheurs, intellectuels ou autres, afin d’alimenter le débat d’idées. Si vous souhaitez vous aussi envoyer une contribution ou un courrier à la rédaction, vous pouvez l’adresser à jean.paillard@lequotidiendumedecin.fr.
Dr Joëlle Belaïsch-Allart : « S’il faut respecter le non-désir d’enfant, le renoncement à la parentalité doit interpeller »
Visite médicale d’aptitude à la conduite : le permis à vie de nouveau sur la sellette
Le dispositif Mon soutien psy peine à convaincre, la Cnam relance l’offensive com’
Ouverture du procès d’un ancien psychiatre de l’AP-HM jugé pour viols et agressions sexuelles sur quatre patientes