Fermeture d’hôpitaux, coupes salariales

La Grèce tente de réanimer son système de santé en crise

Publié le 04/11/2013
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Crédit photo : DR

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Crédit photo : AFP

LA PHOTO a fait le tour des réseaux sociaux ces jours-ci. On y voit des patients entassés, leurs brancards accolés. La scène se passe à l’hôpital Evangelismos, le plus grand hôpital d’Athènes. L’association des médecins de cet établissement poste ce commentaire désabusé : « Un homme a été intubé, d’autres ont reçu des massages cardiaques, un autre a malheureusement expiré. Tout cela devant les yeux des agents et des autres malades ».

La Grèce réforme son système de santé à la serpe. Le mémorandum, un épais rapport rédigé par Bruxelles, fait office de feuille de route très stricte. Les crédits européens seront stoppés net au moindre écart. Soixante fonctionnaires de la Commission européenne assistent le pays dans sa remise en selle.

Cette task force va-t-elle trop loin dans le secteur sanitaire ? Le « Lancet » note une hausse des suicides et cas de HIV. La mortalité néonatale a grimpé de 32 % entre 2008 et 2010. Mais avant même le début de la crise, les imperfections du système sautaient aux yeux. Corruption, listes d’attente, bureaucratie excessive, absence de médecine générale... La task force œuvre pour redistribuer le gâteau. Les transferts de soignants visent par exemple à développer les soins primaires. Austérité et santé : les deux mots peuvent rimer, assure Bruxelles.

Bombe sanitaire ?

Une réforme s’imposait sans doute, mais celle-ci, radicale et précipitée, entraîne grèves, émeutes, manifestations... L’association des malades du cancer dénonce régulièrement la pénurie de chimiothérapies. Le tiers des lits de réanimation du pays a fermé à cause des coupes en personnel. La principale organisation de médecins hospitaliers grecs menace le gouvernement de porter plainte. « Des milliers de personnes risquent de mourir faute de place en soins intensifs », dénonce le Dr Konstantine Livadas, porte-parole du syndicat de PH. « On ne fait pas confiance au ministre de la Santé. Il a été posé là pour démolir tout, complète cet endocrinologue. Avant la crise, l’insuline était gratuite. Les nouveaux antidiabétiques sont chers, certains patients les refusent ». Près de 4,5 millions de Grecs n’ont plus de couverture santé (sur 11 millions d’habitants), et le chômage atteint 60 % chez les moins de 25 ans.

Dans les hôpitaux, la situation reste très contrastée. Des praticiens s’usent et cravachent plus de 100 heures par semaine, au mépris de la directive européenne sur le temps de travail, quand d’autres se tournent les pouces, protégés par leur statut. Lutter contre les abus s’avère délicat. Scène impensable en France : ce PH a scotché une feuille sur sa porte. « Ici, pas de pot-de-vin ». Manière de ne pas rebuter sa patientèle, habituée à graisser la patte du corps médical avec l’espoir d’être mieux soignée.

Les contrôleurs que le ministère dépêche dans les hôpitaux sont reçus à coup de botte. À Corfou, mi-octobre, leur visite a dégénéré. « Ils frappaient aux portes pour voir si les médecins étaient à leur poste, relate le Dr Livadas, du syndicat de PH. S’il n’y avait personne, ils notaient absent dans leur rapport. Même si le médecin consultait dans une autre pièce ! A contrario, les inspecteurs refusaient de noter que les gardes ne sont pas payées, que les ordinateurs sont en panne. Forcément, le ton est monté. Avec un tel climat, il ne faut pas s’étonner que des médecins quittent la Grèce ».

Dans un prochain numéro, portraits de médecins grecs déterminés à venir tenter leur chance en France.

DELPHINE CHARDON

Source : Le Quotidien du Médecin: 9277