Quel a été l'impact du confinement sur la santé mentale des étudiants français ? Une grande enquête menée par le Centre national de ressources et de résilience met en évidence des taux importants d'anxiété et de stress. Elle souligne ainsi la nécessité de renforcer la prévention. Les résultats de cette enquête sont publiés dans le « JAMA Network Open ».
« Sans remettre en question l'intérêt des mesures du confinement, il nous a semblé important de réaliser une cartographie de la santé mentale des étudiants en France, qui représente par ailleurs un sujet d'inquiétude hors contexte pandémique », indique au « Quotidien » Fabien D'Hondt du département de psychiatrie du Centre hospitalier universitaire de Lille, co-auteur de l'étude. Une enquête nationale réalisée en 2016 par l'Observatoire national de la vie étudiante auprès de 18 875 étudiants universitaires français montre notamment que 37 % des participants ont déclaré avoir connu un épisode de dépression, et 8 % avoir eu des pensées suicidaires au cours des 12 derniers mois, est-il en effet rapporté dans l'étude.
Un faible recours aux soins
Sur les 1 600 000 étudiants contactés par e-mail dans le cadre de l'enquête, 69 054 étudiants, vivant en France au moment du confinement et d'âge médian 20 ans, ont répondu entre le 17 avril et le 4 mai à un questionnaire en ligne. Pour concevoir ce questionnaire, « nous nous sommes notamment appuyés sur des échelles validées dans la littérature pour évaluer la santé mentale, des variables socio-démographiques classiques pour ce genre de situation et des indicateurs de la précarité », détaille Fabien D'Hondt.
Les étudiants sont 27,5 % à avoir rapporté un niveau élevé d'anxiété, 24,7 % un niveau élevé de stress ressenti, 22,4 % une détresse sévère, 16,1 % une dépression sévère et 11,4 % des pensées suicidaires. L'enquête témoigne également d'un faible recours aux soins : parmi les 42,8 % d'étudiants à avoir déclaré au moins un trouble de santé mentale, seuls 12,4 % ont consulté un professionnel de la santé. Ils étaient encore moins nombreux à avoir sollicité le service universitaire de santé (2,7 %).
Une autre enquête un an après le confinement
Les auteurs ont par ailleurs identifié les facteurs de risque associés à la présence de trouble de la santé mentale tels que le fait d'être de genre féminin ou non binaire, la précarité, des antécédents psychiatriques, des symptômes compatibles avec le Covid-19, l'isolement social et la faible qualité des informations perçues.
« Notre enquête montre que le contexte épidémique a tendance à majorer les troubles de la santé mentale. Il faut renforcer la prévention, en facilitant l'accès aux soins et en guidant les étudiant vers les ressources utiles, estime Fabien D'Hondt. La protection de la santé mentale des étudiants doit être un enjeu majeur, d'autant plus dans ce contexte particulier ».
Cette étude s'inscrit dans une démarche plus vaste sur les « Conséquences du contexte pandémique sur la santé mentale des étudiants » (COSAMe) : un deuxième temps d'enquête a été mené à un mois de la levée du confinement (les données sont en cours d'analyse), et un troisième temps est prévu vers mars-avril 2021. « Notre objectif est de déterminer les trajectoires de la réponse psychologique à ce contexte épidémique et d'identifier les facteurs associés au retour à une santé mentale plus sereine ou au contraire à une aggravation », avance Fabien D'Hondt.
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