Les biologistes entre colère et fatalisme

Publié le 31/01/2013
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IL Y A LES FAROUCHES détracteurs depuis le début. « Cette réforme vise à industrialiser la biologie, et à détruire son tissu interstitiel. Derrière le mot "qualité", l’accréditation est un outil de restructuration » décrypte Claude Cohen. Le président du Syndicat national des médecins biologistes (SNMB) assure que l’accréditation est impossible pour la majorité des biologistes, a fortiori après une 7e année consécutive de baisse des tarifs. Personnel, contrôles, validation des méthodes, mise aux normes des locaux et matériel, audit...Le syndicat a chiffré à 445 000 euros le coût de l’accréditation la première année, puis à 145 000 euros tous les ans. Une certification par la Haute autorité de santé (HAS) serait suffisante selon le Dr Cohen. « Nous n’avons jamais eu aucune plainte en matière de qualité » argumente-t-il.

La PPL sur la réforme de la biologie a déjà coûté...6 kg à Patrick Lepreux. Ce biologiste marseillais, président du syndicat Bioprat, est en grève de la faim depuis plus de 15 jours. « C’est une mise en vente de la profession derrière le paravent de la qualité » clame-t-il. Il a estimé à 175 000 euros l’effort financier pour accréditer son laboratoire qui affiche un chiffre d’affaires de 500 000 euros par an. « Autant vendre !» Comme le Dr Cohen, Patrick Lepreux juge inutiles les demandes du COFRAC. « Il faudrait des frigidaires avec 9 sondes reliées à un ordinateur. Aujourd’hui, les frigos sont performants ! » explique-t-il.

L’industrialisation accouchera, selon lui, de laboratoires vides, sans biologiste ni analyse. « Les tubes circuleront sur les autoroutes derrière des livreurs de pizza. Et quand ils seront déjà partis après 17h30, on refusera les prélèvements » prévoit le président de Bioprat, qui réclame une remise à plat de la réforme.

Aucun garde-fou.

D’autres biologistes se résignent à l’accréditation...sans se satisfaire de la PPL. « La dernière version est pire que les précédentes » tonne François Blanchecotte, président du Syndicat des biologistes (SDB). Il énumère ses griefs : « les professionnels de santé pourront prendre en charge toute la phase pré-analytique et pas seulement le prélèvement, il n’y a rien sur la facturation unique, ni la création de société d’exercice libéral... ».

Le syndicat national des jeunes biologistes (SNJB) s’offusque de son côté de l’autorisation d’exercer accordée à des médecins non titulaires d’un DES. « Les doyens nous disent qu’on risque de stériliser la recherche sans cela. Mais il s’agit d’exercice : cela peut être une perte de chance pour le patient ! », conteste le président Thomas Nenninger.

Le mécontentement se focalise sur la lutte proclamée contre la financiarisation. « Entre l’exposé des motifs et l’article 8, il y a une vraie déception. Les financiers pourront contourner les mesures. Il n’y a pas de garde-fou dans la PPL », assure François Blanchecotte. « Le financier pourra revendre le laboratoire à d’autres fonds, notamment étrangers, sans que le biologiste ne puisse s’opposer », poursuit-il.

« On est dans le fantasme, ce sont des accusations gratuites », réagit Étienne Couelle, dirigeant de Labco, et vice-président de l’Association pour le progrès de la biologie médicale - qui représente 15 % du secteur et 450 laboratoires. Le financier, qui a déjà accrédité la plupart de ses structures, s’oppose à la thèse selon laquelle la qualité dépend de la mainmise des biologistes sur leur société. « Ce n’est pas un interne qui rachètera un petit laboratoire rural, mais bien une structure comme la nôtre qui le paiera mieux. Être détenu par un fonds financier ne m’a jamais empêché d’investir ».

 C.G.

Source : Le Quotidien du Médecin: 9214