« Nous espérons avoir mesuré un point extrêmement bas. » Tel était le vœu formulé par Philippe Lamoureux, directeur général du Leem, en présentant le 5 décembre dernier les résultats de la 9e enquête « Attractivité de la France pour la recherche clinique ». Ce travail, mené régulièrement par le syndicat de l'industrie pharmaceutique, est réalisé à partir d'une analyse de la base clinicaltrials.gov et de questionnaires adressés aux laboratoires français. Et il faut bien reconnaître qu'il fait, cette année, apparaître des chiffres plutôt inquiétants.
Au classement des pays ayant initié le plus grand nombre d'essais cliniques entre 2015 et 2017, la France ne se hisse ainsi qu'au quatrième rang européen : elle a participé à 12 % des 8390 essais initiés dans le monde sur la période, contre 17 % pour l'Allemagne, 16 % pour le Royaume-Uni et 14 % pour l'Espagne. Notre pays est talonné par l'Italie, cinquième avec 11 % de participation, et même par la Belgique, qui se classe au sixième rang avec 10 %.
Et le pire, c'est que si l'on analyse l'évolution de ces résultats dans le temps, la tendance hexagonale est clairement à la baisse : la France participait en 2015 à 14 % des essais cliniques en 2015, et la diminution entre 2015 et 2017 a été de 13 % par an. À titre de comparaison, cette diminution était de 8 % par an en Allemagne sur la même période, tandis qu'elle était de 2 % en Espagne et que la tendance restait stable au Royaume-Uni.
Les phases précoces en berne
Et pour enfoncer le clou, le Leem souligne que la France n'a participé entre 2015 et 2017 qu'à 6 % des essais de phase I initiés dans le monde, contre 12 % pour le Royaume-Uni et 10 % pour l'Allemagne. « Il est pourtant très important d'être impliqué dans les phases précoces », insistait lors de la présentation des résultats Jean Zetlaoui, président du groupe « Attractivité de la recherche clinique » du Leem. « Cela permet aux gens de développer une connaissance du produit et d'entrer dans un enchaînement vertueux ».
« Ces chiffres sont un point d'alerte, ils montrent que la recherche clinique dans notre pays est fragile », commente Philippe Lamoureux. Pour expliquer cette fragilité, le Leem pointe notamment la durée nécessaire pour autoriser un essai clinique et contractualiser le centre expérimentateur. Le délai théorique pour la signature des différentes conventions est de 60 jours, mais le délai médian mesuré par l'enquête du Leem s'étire à 133 jours. Un laps de temps qui s'allonge jusqu'à 205 jours si l'on étend l'analyse jusqu'à l'inclusion du premier patient.
La lumière au bout du tunnel
Voilà qui ne joue pas en faveur de l'attractivité des centres expérimentateurs français. Mais le Leem voit tout de même des raisons d'espérer. Les chiffres sur lesquels porte son analyse s'arrêtent en effet fin 2017. Or, les industriels ont observé un véritable tournant dès 2018. Ils saluent notamment la mise en place d'une cellule « phase précoce » et de dispositifs « fast-track » à l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), « ce qui a déjà des effets tangibles sur la réduction des délais », estime Thomas Borel, directeur des affaires scientifiques du Leem. Ce dernier salue également la récente réforme des Comités de protection des personnes (CPP), « qui tout en maintenant le caractère obligatoire du tirage au sort, va permettre de réduire le temps de traitement des dossiers ».
Cette embellie constatée en 2018 doit, d'après les laboratoires pharmaceutiques, inciter la France à poursuivre les réformes. Le Leem relève notamment que 22 % des centres ouverts n'incluent aucun patient. « Il y a une problématique concernant la performance de certains centres, peut-être moins expérimentés que les autres, et qui ont besoin d'être accompagnés », affirme Thomas Borel. Autre piste de réflexion : la formation des professionnels de santé. « Ils ne sont pas tous formés à la recherche clinique, et il serait utile que celle-ci soit l'une des actions prioritaires dans le cadre du DPC [Développement professionnel continu, ndlr] », propose le directeur des affaires scientifiques du Leem.
Si l'on en croit les industriels, la question de l'attractivité de la recherche clinique française dépasse d'ailleurs le strict cadre médical. « Il faut comprendre que les productions se font de plus en plus là où la recherche s'est faite », avertit Philippe Lamoureux. « Il y a donc des éléments d'attractivité industrielle importants. » En d'autres termes : les pouvoirs publics feraient mieux d'écouter les préconisations du Leem, car de celles-ci dépendent selon lui… de nombreux emplois.
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