Témoignages de généralistes sur la fin de vie

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Publié le 03/05/2021
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Crédit photo : GARO/PHANIE

« Il y a vraiment la place pour le soin palliatif à domicile »

« Depuis 25 ans, je fais du soin palliatif. J’ai accompagné plus d’une centaine de patients. Si je me suis toujours occupé de mes patients avec dévouement, c’est aussi parce que je suis opposé à l’euthanasie et que je ne souhaite pas me trouver acculé à ce type de demande. C’est un paradoxe franchement désagréable que de soigner un malade dont on se fait proche et d’être la personne à qui il va réclamer ensuite une euthanasie. Je ne suis pas pour ouvrir ce droit. En revanche, je reste persuadé qu’il y a vraiment la place pour le soin palliatif à domicile. C’est une vraie et belle médecine, très importante pour notre société. Une mort à domicile est apaisante, aussi bien pour le malade que pour la famille qui l’accompagne. Pour donner un coup de pouce à l’engagement des médecins en soins palliatifs, il est urgent de rendre le midazolam accessible aux généralistes. »
Dr Jean Méheut-Ferron, généraliste à Angerville-la-Martel
(Début 2019, il a reçu le soutien unanime de la profession après avoir été mis en examen pour avoir involontairement causé la mort de cinq personnes âgées en leur administrant du midazolam. Depuis, le médecin a repris son exercice. Le procès devrait avoir lieu courant 2022.)

« Finalement, très peu de malades demandent qu’on mette un terme à leur vie »

« J’accompagne souvent des personnes âgées en soins palliatifs du fait de ma double activité, en libéral mais surtout en tant que chef de pôle d’un hôpital de proximité. J’ai la chance d’avoir sur mon territoire un réseau bien développé avec un hôpital de proximité doté d’un secteur sanitaire qui me donne des moyens et une équipe mobile de soins palliatifs avec qui je suis régulièrement en contact. Dans les faits, je fais très rarement appel à l’hospitalisation à domicile pour accompagner les malades en fin de vie. Il est clair que les moyens que nous avons à l’hôpital (infirmière 24h/24h, accès à des pousse-seringues, au midazolam) nous permettent d’assurer des fins de vie confortables. Finalement, nous avons très peu de malades qui demandent qu’on mette un terme à leur vie. Le problème, c’est que les moyens structurels sont très inégaux à travers le territoire. Il est donc difficile d’avoir une posture complète en se disant “je suis pour ou contre l’ouverture d’une aide active à mourir”. Pour certaines maladies qui causent beaucoup de souffrance, comme les maladies neurodégénératives dont mon amie Paulette Guinchard était atteinte, la loi doit pouvoir, à condition que ce soit bien encadré, être en mesure d’organiser ce type de fin de vie. »
Dr Jean-Michel Guyon, médecin généraliste à Mouthe et chef de pôle d’un hôpital de proximité

« À ceux dont l’issue est fatale, que leur laissons-nous comme choix ? »

« La loi Claeys-Leonetti est une excellente loi mais elle ne répond pas à toutes les demandes de malades. À celles et ceux qui ont une maladie dégénérative à l’issue irrémédiablement fatale et qui veulent en finir, que leur laissons-nous comme choix ? Le suicide « honteux » dans leur garage ? Je suis pour la légalisation de l’euthanasie mais il faut que ce soit bien encadré, évidemment. Il est impensable que l’on puisse distribuer la mort comme on distribue du paracétamol. Je crois que ça ne peut pas être la décision d’une personne et d’un médecin, il faut qu’il y ait une équipe avec des spécialistes et des psychologues pour étudier la demande. Ensuite, si la fin de vie se fait à domicile, il devrait être envisageable que le médecin puisse appliquer la demande du malade en lui administrant un produit létal. La proposition de loi débattue dernièrement à l’Assemblée répond, selon moi, à tous ces critères. »
Dr Guy Vignon, généraliste à la retraite


Source : lequotidiendumedecin.fr