Suivre le parcours et la santé mentale de plusieurs milliers d’étudiants en santé pendant plus de vingt ans. C’est l’ambition de l’étude Osmose, lancée en octobre à la faculté de médecine d’Orléans par le laboratoire interdisciplinaire pour l’innovation et la recherche en santé (LI²RSO).
En poste depuis janvier 2025 à la faculté et au CHU d’Orléans, la Pr Jasmina Mallet, professeur en psychiatrie, coordonne ce projet avec le Dr Ariel Frajerman, praticien hospitalier au GHU de Paris et chercheur associé à l’Inserm. L’objectif : suivre les étudiants en santé dès leur première année d’études avec une période d’inclusion de dix ans, en se focalisant sur leur santé mentale. « C’est intéressant de faire ce travail de recherche dans une faculté récemment créée. Quand je suis arrivée, je me suis dit que c’était le terrain parfait d’autant plus que j’allais être amenée à rencontrer les étudiants très régulièrement », souligne la Pr Jasmina Mallet.
Un millier d’étudiants par an
À Orléans, 1 000 étudiants en PASS/L.AS seront invités tous les ans pendant près de vingt ans à participer à l’étude. Le suivi de chaque génération tout au long de leurs études permettra d’identifier précocement les facteurs de risque que les étudiants présentent et d’évaluer leur impact au long cours.
D’une durée de vingt à vingt-cinq minutes, le questionnaire, à remplir une fois par an pendant dix ans, couvre un large spectre : dépression, idées suicidaires, troubles du comportement alimentaire (TCA), addictions, solitude, burn-out, violences sexistes et sexuelles, ainsi que les facteurs sociaux et économiques pouvant influencer la santé mentale. Les outils utilisés sont scientifiquement validés et alignés sur ceux de l’Observatoire de la vie étudiante (OVE) et des enquêtes santé mentale des étudiants en médecine (Anemf, Isni, Isnar-IMG) consultés dans ce cadre. « L’intérêt d’Osmose, c’est que nous ne faisons pas que mesurer la souffrance psychique : nous pouvons suivre les mêmes étudiants dans le temps, comparer avec d’autres populations et analyser l’impact des réformes et du recours aux soins », souligne le Dr Ariel Frajerman.
L’étude s’intéresse aussi au phénomène du drop out, autrement dit, les intentions d’abandon d’études en cours de parcours. « Les syndicats étudiants réclament depuis des années des chiffres à ce sujet, mais il n’existe encore aucune donnée vraiment fiable », rappelle Dr Frajerman. Selon des estimations de 2019 issus de la commission « Jeunes médecins » de l’Ordre, ils seraient pourtant entre 5 et 10 % à dire adieu à la médecine entre leur deuxième année et leur thèse.
Contrairement à certains pays comme l’Italie, l’Angleterre ou le Canada, les étudiants français sont envoyés très tôt à l’hôpital
Pr Jasmina Mallet, psychiatre au CHU d’Orléans
Dans le cadre de l’étude Osmose, l’identification des périodes critiques durant les études permettra d’orienter les actions de prévention pour juguler ces départs jugés évitables. « Contrairement à certains pays comme l’Italie, l’Angleterre ou le Canada, les étudiants français vont très tôt à l’hôpital, dès l’âge de 18 ou 19 ans et ils sont exposés à des situations très difficiles régulièrement. Je ne dis pas que c’est bien ou mal, mais en tout cas, cela mérite d’être analysé d’une façon particulière », estime la Pr Mallet.
Dans l’attente de moyens
Au-delà de la collecte de données, Osmose se veut un outil de prévention et d’accompagnement. « On veut assortir cette étude avec de la prévention et du soin », insiste le Pr Mallet, qui a déjà diffusé, en début d’année, des informations aux étudiants sur les différents dispositifs de soutien locaux et nationaux existants. Car, in fine, l’objectif est de transformer rapidement les données en actions concrètes : renforcer l’accès à des psychologues, mieux cibler les facteurs de risque (violences sexistes et sexuelles, précarité, conditions de vie ou de transport) et permettre un repérage précoce des situations préoccupantes.
« Nous avons déjà une psychologue qui nous aide mais une fois qu’on aura objectivé des prévalences, il faudra des moyens », insiste la Pr Mallet. La PU-PH évoque l’importance de pouvoir recontacter les étudiants à risque et de leur proposer un suivi personnalisé, complété éventuellement par des outils numériques comme la thérapie cognitivo-comportementale (TCC)
Le projet Osmose sera prochainement défendu auprès de l’ARS avec l’espoir de mobiliser des moyens pérennes. « Tout le monde trouve Osmose formidable, mais sans financement, c’est très difficile de passer à l’action », observe la psychiatre. Des discussions sont par ailleurs en cours avec d’autres facultés intéressées, telle que Tours. « Le doyen s’est montré très motivé, c’est une faculté avec un passé pas mal tourné vers les violences sexistes et sexuelles donc ça ne peut qu’être intéressant », conclut la Pr Mallet.
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