C’est sûr, la loi de santé a pesé sur la campagne pour les élections URPS.
Ne serait-ce que pour mobiliser les troupes. Mais qu’en est-il de la réforme territoriale ?
Plus discrète pour l’instant que la réforme portée par Marisol Touraine, la nouvelle organisation des régions fait bel et bien partie de l’équation du scrutin du 12 octobre. Indolore pour les territoires métropolitains inchangés (Bretagne, Centre, Corse, Ile-de-France, Pays de la Loire, Provence-Alpes-Côte d’Azur), elle risque d’occasionner un joli remue-ménage dans sept nouvelles régions.
Car non seulement elle est synonyme de fusion de deux ou trois Unions régionales des professionnels de santé en une seule entité, mais surtout la nouvelle carte regroupe désormais de 5 à 13 départements. De la Normandie ou du Nord-Pas de Calais au Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées, les responsables syndicaux ont pu s’en rendre compte lorsqu’il s’est agi de constituer les listes.
De deux régions à 30 élus à une grande région à 40 élus
Ainsi, si la Bourgogne et la Franche-Comté ne formeront plus qu’une entité à l’avenir, la réunion de leur URPS ne correspond pas exactement à une simple addition. « On passe de deux régions à 30 élus à une grande région à 40 élus », souligne le Dr Christine Bertin-Belot, présidente élue de l’URPS Franche-Comté, membre du SML. « La Bourgogne et la Franche-Comté sont deux régions sensiblement équivalentes », précise la généraliste, même si « la première a plus de médecins en nombre mais une densité médicale moins importante que la seconde, car elle est plus étendue ». Tout en veillant à respecter également le poids des départements, « la répartition des places sur les listes s’est faite en alternant un médecin de chaque région », ajoute-elle.
[[asset:image:7751 {"mode":"small","align":"right","field_asset_image_copyright":[],"field_asset_image_description":["\u00ab Entre Bourgogne et Franche-Comt\u00e9, la r\u00e9partition des listes s\u2019est faite en alternant un m\u00e9decin de chaque r\u00e9gion \u00bb"]}]]La future Normandie est dans la même configuration : suite au mariage de la Basse et de la Haute-Normandie, deux régions où les médecins libéraux sont représentés également par 30 élus, la nouvelle URPS sera là aussi composée de 40 membres. « On a dû enlever neuf généralistes du Calvados pour faire de la place à la Haute-Normandie », commente le Dr Antoine Leveneur, président de l’URPS de Basse-Normandie. Le généraliste de la FMF assure d’ailleurs que son syndicat aurait pu déposer « 3 ou 4 listes pour le collège 1 ».
Pour son homologue CSMF à la tête de l’URPS de Haute Normandie, la constitution des listes « n’a posé aucun problème, la seule difficulté était de trouver des femmes motivées », assure Jean-Luc Martinez.
Ce généraliste de Darnetal, près de Rouen, s’était fait une « obligation morale pour que figurent des gens déjà connus du terrain, représentatifs et actifs dans leur territoire ». Beaucoup plus au sud, toujours des additions, mais cette fois pas de soustractions : en rapprochant le Languedoc-Roussillon du Midi-Pyrénées, ce sont « 13 départements au lieu de 8 » qui devront siéger au sein de la future URPS, décrypte le Dr Jean-Louis Bensoussan, membre de MG France et président sortant de l’URPS Midi-Pyrénées. Au total, ce sont plus de 6 000 généralistes qui sont appelés à élire 60 représentants, l’équivalent en nombre des deux assemblées sortantes.
Un champ de vision élargi
Les listes ficelées, restait ensuite aux candidats d’horizons divers à s’apprivoiser. Car de la proximité géographique, rien ne peut se déduire quant au mode de fonctionnement ou de relations humaines.
Pour Jean-Louis Bensoussan, « faire campagne sur deux régions au lieu d’une » n’a pas été beaucoup plus compliqué que lors des précédents scrutins. « Au contraire, ça donne une dimension nouvelle avec un territoire qu’il a fallu apprendre à connaître », rapporte le généraliste installé dans la région de Toulouse, qui positive : « c’est bien d’élargir notre champ de vision de la représentation locale ». Un exercice rendu d’autant plus facile qu’« on avait déjà des liens particuliers, notamment au plan de la formation », assure l’élu MG France. D’ailleurs, il n’a pas été question de « s’adapter à tel ou tel territoire », poursuit-il, mais de suivre « le discours du syndicat national et de le décliner au niveau local ».
Moins optimiste, plus polémique, Antoine Leveneur, élu « dans une région comme la Basse-Normandie où l’URML connaît tout le monde », estime pour sa part que le rapprochement avec la Haute-Normandie n’allait pas de soi. D’autant moins qu’à l’heure de présenter un « bilan qui nous paraît très positif », il a « l’impression qu’en face, il ne s’est rien passé ». À ses yeux, l’URPS de Haute-Normandie ne jouit pas de la même reconnaissance, « on avait en face de nous des médecins libéraux qui ne savent pas ce qu’est cette structure ». Non sans ajouter que, dans sa région, « on avait plus l’habitude de travailler avec la Bretagne et les Pays de la Loire ».
Les impressions de l’élu FMF sont évidemment loin d’être partagées par son confrère de la CSMF pour qui « il n’y a pas de différence majeure de fonctionnement entre les Unions ». « Il y a peut-être deux façons différentes de travailler, poursuit Jean-Luc Martinez, mais sur des objectifs communs. »Selon lui, « on sait ce qui s’est passé dans les deux Unions, on a tous les mêmes problèmes, ça tourne beaucoup autour de la démographie ». En cet automne électoral, « les arguments sont à peu près les mêmes », note-t-il non sans ironie : « La seule surprise, c’est ce front commun contre la loi de santé ». Et lui qui « connaissait déjà pas mal de confrères en Basse-Normandie » d’ajouter qu’il a « appris à en connaître d’autres » pendant cette période.
Des méthodes différentes
Différences de point de vue, différences d’affinités, mais aussi différences de méthodes… Christine Bertin-Belot a relevé « deux façons très différentes de travailler », l’ARS de Franche-Comté étant « très centralisée, contrairement à celle de Bourgogne ». Dans la mesure où « jusqu’alors, chacun était dans sa région », elle espère que les futurs élus, après avoir appris à se connaître, « mettront en commun le mieux des deux côtés ». Si elle connaît les militants de son syndicat grâce aux rencontres organisées au niveau national, elle a rencontré d’autres de ses confrères bourguignons lors d’un congrès organisé en Franche-Comté. Une opération bienvenue à ses yeux : « Cela a permis de réunir des gens des ARS et URPS des deux régions, un genre d’expérience qu’il faut poursuivre » pour rapprocher les médecins des territoires concernés.
[[asset:image:7766 {"mode":"small","align":"left","field_asset_image_copyright":[],"field_asset_image_description":["\u00ab On aura la volont\u00e9 de travailler avec l\u2019ensemble des territoires et d\u2019obtenir un fonctionnement plus homog\u00e8ne pour la r\u00e9gion \u00bb"]}]]Conséquence logique du passage de 17 à 13 régions, les limites géographiques des futures URPS se sont élargies… complexifiant d’autant la campagne sur le terrain. Mais donnant un aperçu des conditions de travail à venir des prochaines URPS.
« Comment être médecin et avoir des responsabilités au sein de l’URPS ?, s’interroge déjà Jean-Luc Martinez. Il faudra apprendre à déléguer, à faire confiance et à travailler avec tout le monde », préconise le généraliste rouennais qui appréhende un peu les trajets jusque dans le Cotentin, l’une des extrémités de la Normandie.
Mais, pour lui, ce n’est pas tant la taille des URPS que celle des régions représentées qui rendra les décisions plus difficiles à prendre « car on aura la volonté de travailler avec l’ensemble des territoires ». « On essaiera d’obtenir un fonctionnement plus homogène pour la région », promet-il d’ores et déjà. Le premier objectif des prochains élus sera de « consolider la place de l’Union », estime quant à lui son concurrent Antoine Leveneur : « C’est un gros challenge pour la future équipe ». Car, aux yeux du généraliste caennais, il ne faut pas se leurrer : « Le niveau national est mort, il n’y a plus d’argent dans les caisses, les actions seront portées en région ».
Finies les réunions inutiles !
Décrivant sa nouvelle région comme allant « de la Suisse aux portes de Paris », Christine Bertin-Belot en appelle déjà aux nouvelles technologies pour abolir les distances. Cette élue bisontine confie avoir « échangé surtout par téléphone car ça n’était pas possible de se déplacer tout le temps ». La Commission d’organisation des élections étant déjà dans la configuration « nouvelle région », un certain nombre de visioconférences ont été organisées depuis l’été. Des réunions virtuelles que la généraliste appelle de ses vœux. « On ne pourra pas faire autrement », tranche celle qui voit au moins un mérite à la nouvelle physionomie des régions : « Le travail des prochaines URPS se concentrera sur l’essentiel, on ne pourra plus faire de réunions inutiles » !
Le téléphone fut aussi un allié de poids dans la campagne en Midi-Pyrénées. Mais ça n’a pas empêché les réunions physiques, précise Jean-Louis Bensoussan. Quoique président sortant en Midi-Pyrénées, il assure ne pas utiliser son statut dans cette campagne, préférant vanter le bilan du bureau de l’URPS. À la tête de l’Union, « j’ai fonctionné avec un bureau où toutes les formations syndicales étaient représentées », explique-t-il. « C’est comme ça que j’espère que les URPS fonctionneront », poursuit-il. Autrement dit en parlant au nom de la profession et non d’une structure en particulier. Dépasser les clivages syndicaux l’élection passée est un vœu partagé, semble-t-il, par nombre de candidats aux URPS, indépendamment de la situation géographique régionale.
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