UNE FOIS DE PLUS, Nicolas Sarkozy a surpris son monde, en l’occurrence le monde de la santé auquel il présentait ses vux depuis l’hôpital de Perpignan. Alors qu’on pouvait s’attendre à une cérémonie convenue et profil bas, le chef de l’État a saisi cette tribune pour ordonner… la refondation de la médecine libérale. Excusez du peu. Une mission en ce sens a été confiée au président du Conseil national de l’Ordre des médecins, le Dr Michel Legmann, « personnalité reconnue ». Ce dernier devra procéder à un « état des lieux » de la médecine libérale et adresser des propositions « fin mars ». « La médecine libérale doit être refondée à l’heure même où les demandes qui lui sont adressées n’ont jamais aussi nombreuses » a lancé le président de la République évoquant un « enjeu immense ». Le chef de l’État appelle de ses vux l’invention d’un « modèle de soins de premier recours, un modèle attractif, qui fasse toute sa place à la médecine libérale ». Aujourd’hui, seule une nouvelle installation sur dix se fait en secteur libéral, a justement rappelé Nicolas Sarkozy.
L’Élysée a déjà tracé la feuille de route de la mission Legmann : simplifier la vie du praticien, favoriser l’effort de formation, autoriser la possibilité d’exercer dans des maisons de santé et des centres de soins ambulatoires, faciliter la mobilité des médecins ou encore encourager la coopération entre les médecins généralistes et les autres professionnels de santé du premier recours « pharmaciens d’officine ou infirmières libérales ».
Reste que ce discours programme a de quoi surprendre et même dérouter, jusqu’au ministère de la Santé. La plupart des thèmes cités ont fait l’objet de plusieurs mois de brainstorming lors des états généraux de l’organisation de la santé (EGOS) au printemps 2008, ce travail collégial étant censé avoir inspiré directement le volet « soins de premier recours » de la loi Hôpital, patients, santé et territoires (HPST) adoptée en juillet 2009. Maisons de santé, exercice regroupé, nouveau développement professionnel continu (DPC), coopération interprofessionnelle… : tout ces sujets rappellent furieusement la loi HPST dont les décrets ne sont même pas publiés. La mission traitera également des modes de rémunération, un sujet du ressort direct des négociations conventionnelles. Quant à la simplification de la vie du praticien, il existe une commission paritaire ad hoc qui planche depuis des mois sur la façon d’alléger les tracasseries administratives des médecins libéraux.
Logique politique.
Qu’importe. Nicolas Sarkozy, fidèle à sa méthode, avance et bouscule. En deux mois – délai qui semble difficile à tenir – il demande des propositions opérationnelles sur un sujet dont personne ne peut contester le caractère crucial : restaurer l’attractivité de l’exercice libéral, dossier qui concerne évidemment la médecine générale mais aussi la médecine spécialisée libérale de proximité très inquiète de son avenir dans le système de santé (et oubliée des discours officiels). On relèvera au passage que le chef de l’État n’a pas, cette fois-ci, évoqué la régulation des dépassements d’honoraires et la liberté d’installation, deux thématiques nettement moins « porteuses » dans le corps médical…
La stratégie de Nicolas Sarkozy obéit sans doute à une logique politique. À deux mois des élections régionales, l’Élysée, qui scrute les études d’opinion, a sans doute pris la mesure de la colère qui monte en médecine de ville. Des journaux étiquetés à droite ont récemment évoqué le « divorce consommé » entre le ministère de la Santé et les médecins libéraux. Organisation chaotique de la vaccination H1N1, blocage des tarifs médicaux, fiasco des négociations conventionnelles, projets de décrets HPST qui mécontent fortement les médecins libéraux : les griefs sont nombreux, sérieux, et plusieurs organisations jugent même inévitable un conflit tarifaire en médecine générale (« le Quotidien » du 12 janvier). Bon nombre de libéraux s’inquiètent des prérogatives étendues des futures ARS et du risque de mise sous tutelle de la médecine de ville.
Dans ce contexte, le chef de l’État reprend donc l’initiative et montre à son électorat traditionnel – ou réputé comme tel – qu’il reste à l’écoute de ce secteur, puisqu’il entend non seulement préserver l’exercice médical libéral mais le refonder et lui redonner son lustre dans le cadre des soins de premier recours. Les médecins libéraux qui attendent aujourd’hui des preuves concrètes seront-ils sensibles à cette déclaration d’amour ?
Quatre généralistes font vivre à tour de rôle un cabinet éphémère d’un village du Jura dépourvu de médecin
En direct du CMGF 2025
Un généraliste, c’est quoi ? Au CMGF, le nouveau référentiel métier redéfinit les contours de la profession
« Ce que fait le député Garot, c’est du sabotage ! » : la nouvelle présidente de Médecins pour demain à l’offensive
Jusqu’à quatre fois plus d’antibiotiques prescrits quand le patient est demandeur