Au lendemain des élections aux URPS, marquées par une abstention record – plus des trois quarts des praticiens libéraux n'ont pas voté – et un éclatement de la profession, le syndicat Jeunes médecins publie une longue tribune d'un de ses adhérents, qui affiche son amertume à propos d'un syndicalisme « qui ne représente plus les médecins libéraux ».
La médecine de demain sans les jeunes ?
Ce généraliste quadragénaire, qui préfère rester anonyme, ne cache pas sa « tristesse », non pas pour le modeste score obtenu par son organisation (0,2 % dans le collège des généralistes et 0,75 % chez les spécialiste), mais davantage parce que « très peu de ce qui a été vu, entendu, lu, hier et aujourd’hui ne semble répondre à nos attentes, nos ambitions, nos espérances ». « Défendre la médecine de demain sans y associer sérieusement les jeunes médecins, c'est défendre la médecine d'hier », se désole-t-il.
La très faible participation (22,66 %, en retrait de 17 points par rapport à 2015) attriste particulièrement l'auteur de la tribune. Une « abstention dramatique », reconnaît aussi le Dr Emanuel Loeb, président de Jeunes médecins.
Copinage
Comment expliquer cette situation ? Sans doute parce que le syndicalisme ne représente « plus grand monde » en 2021. Les représentants ? « La confiance n'est plus là ». Que leur reproche-t-on ? La liste est longue : un manque de transparence « sur les rouages des décisions, les montants alloués au fonctionnement des syndicats, des Ordres, des URPS », la nécessité d'un « copinage » pour entrer dans ce milieu ou encore la présence d'une majorité « d’hommes mûrs, pour ne pas dire en pré-retraite ».
L'auteur de la tribune pointe « une mascarade syndicale majeure, principalement du fait d’une grande dispersion ». Huit syndicats étaient dans la course aux URPS… « Alors que nous avons un besoin urgent de lisibilité, de transparence, de représentativité, d’inclusivité, de confiance… tout ce que nos aînés ont fait (ou pas), et dit (ou pas) ces dernières années nous a emmenés ici aujourd’hui. Vers l’impuissance », déplore le signataire de la tribune.
Impuissance
Face aux défis de demain, la profession a plus que jamais besoin de représentation unie (face à la Sécu, dans les commissions locales, lors des négociations conventionnelles) et de représentativité (pour peser), peut-on lire. Alors, « être ou ne pas être représentés, telle est la question », s'interroge l'auteur. Pour ce jeune médecin, pas question de se désintéresser de la structuration de la médecine de ville. Ce serait « saborder » l’existence même de l'exercice libéral, analyse-t-il.
Pour s'en sortir, l'auteur appelle au contraire les médecins à se ré-intéresser au syndicalisme médical et à se rassembler, « même un peu ». « Et ne dites pas que c'est une utopie car cela a déjà existé », dit-il. Et d'appeler de ses vœux « une voix forte, puissante, sincère (...), qui fait table rase de ce passé divisé (...), une voix ouverte à toutes les autres professions qui ne déméritent pas, une voix qui emmène tout le monde, et n’en laisse aucun sur le bord de la route. La voix des 80 % ».
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