La France connaît une pénurie de médecins. Cette évidence, qui ne saurait être niée, s'accompagne d'un paradoxe : il n'y a jamais eu autant de praticiens dans notre pays. Car les chiffres de l'Atlas démographique 2017 de l'Ordre sont formels : au 1er janvier 2017, 290 974 médecins étaient inscrits au tableau, soit 1,8 % de plus qu'en 2016, et 15 % de plus qu'en 2007. Toujours d'après cet Atlas, seuls quatre départements ont connu une baisse du nombre d'inscrits sur les 10 dernières années : la Seine-Saint-Denis, la Haute-Marne, la Nièvre et les Ardennes.
Bien sûr, qui dit « médecin inscrit au tableau » ne dit pas « médecin en activité ». Mais même lorsqu'on ne considère que le nombre de médecins dits « en activité totale », on ne constate pas de baisse : l’Atlas de l’Ordre indique que ce chiffre s'élevait à 215 941 en 2018, contre 215 584 en 2016 et 213 995 en 2007. La Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (DREES) du ministère de la Santé est même plus optimiste : elle recensait dans une récente publication 226 000 médecins en activité au 1er janvier 2018, soit 10 000 de plus qu'en 2012.
Même si l'on compare l'évolution du nombre de médecins à celle de la population, les chiffres traduisent une augmentation de la densité de praticiens. L'Atlas de l'Ordre note que le nombre de médecins en activité a crû quatre fois plus vite que celui des Français depuis 1979, tandis que la DREES chiffre l'augmentation de la densité médicale à 1,5 % depuis 2012, notant même que « le nombre de communes où est installé au moins un médecin généraliste est passé de 8 843 en 1981 à 9 595 en 2016 ».
Le diable et les détails
Alors, si même la densité ne baisse pas, où peut donc bien se situer le problème ? Dans les détails, bien sûr. La population vieillissant, le fait que le nombre de médecins croisse plus vite que celui des habitants ne veut par exemple pas dire que les besoins de santé sont couverts.
Il y a également des inégalités entre spécialités : l'Ordre ne recensait que 88 173 généralistes en activité régulière en 2017, contre 97 012 en 2007 : la déperdition représente 9,1 % des effectifs. Sans parler des évidentes disparités territoriales : l’Ordre relève par exemple que toutes spécialités confondues, la Creuse et l'Indre ont perdu en dix ans respectivement 20 et 10 % de leurs médecins en activité régulière.
Et bien sûr, il y a la question du mode d'exercice des médecins : tous ne sont pas égaux devant le temps de travail. Entre 2007 et 2017, l'Ordre met en évidence une multiplication par 6 du nombre de praticiens qui cumulent emploi et retraite, comptabilisés parmi les médecins en activité régulière mais auxquels on ne peut pas demander d'être présents au chevet du malade autant que leurs cadets. Moralité : ce n'est pas parce qu'il y a plus de médecins qu'il y a assez de médecins.
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