À L’ORIGINE du projet, Costin, pas encore 30 ans, est médecin à Bucarest. « Nous encourageons la mobilité des professionnels de santé, explique-t-il. La France est très attractive pour des expériences de quelques mois. Certains reviennent, d’autres restent. J’ai lu dans la presse que plus de 8 % des médecins roumains travaillent en France ».
La foire mobile, baptisée « Careers in white », est courue par les internes et les médecins candidats à l’exil. La France, l’Allemagne et l’Angleterre y font leur marché via des agences de recrutement. Le cabinet parisien « P&P conseil » tiendra un stand à la prochaine édition, mi-mai, à Bucarest, où sont attendus 1 500 professionnels de santé. En marge de la foire, le cabinet organise des entretiens à la chaîne dans un hôtel, à la manière d’un speed dating. Une prise de contact qui permet un premier tri. P&P conseil rencontre ainsi 300 à 400 médecins roumains chaque année ; elle en place une quarantaine en France. De plus en plus jeunes. « Ceux qui voulaient partir sont déjà partis. Trouver la perle rare devient difficile », observe Antoine Peytavin, associé. Reste le vivier, sans cesse renouvelé, des étudiants.
Mails, réseaux sociaux, pages Facebook... Incontournable, Internet réserve parfois des surprises. Le site « Careers in white » propose un poste d’oncologue médical dans un centre hospitalier de l’ouest de la France, rémunéré 120 000 euros par an. Aide au logement et cours intensifs de français en prime. Une agence laisse ses coordonnées. Après vérification, l’hôpital a bien mis un chasseur de têtes sur le coup, mais il s’agit... d’une autre agence. Le directeur des affaires médicales n’est pas surpris : « Des agences se piquent les annonces et les remettent en ligne. En Roumanie, tout se fait », dit-il, un brin désabusé.
Le centre hospitalier emploie déjà cinq médecins roumains. « Il y a d’excellentes filières roumaines mais les écarts de compétences sont énormes d’une université à l’autre, reprend le directeur des affaires médicales. J’exige des garanties. Si le conjoint ne trouve pas de travail, par exemple, c’est non. Pour faciliter l’intégration nous faisons des cartes de visite, des dîners, des visites aux généralistes. Les échecs sont rares en milieu hospitalier ».
400 euros par mois en Roumanie.
Comment éviter un casting raté ? Seul l’Ordre seul vérifie les diplômes. « Les agences vérifient la motivation et l’environnement familial, pas le CV, reprend Antoine Peytavin, de la société P&P conseil. On filtre par le niveau de langue, le caractère. Certains ont aussi trop d’exigences ». Chaque recrutement débute par un remplacement pour tester le candidat. « Le relationnel est essentiel, expose le directeur des affaires médicales précédemment cité. Certains praticiens enchaînent les échecs, nous savons qu’il ne faut pas les recruter ».
À Bucarest, Gabriela, recruteuse pour l’agence LPG, repère les praticiens par Skype. Pour chaque offre elle soumet trois profils au client, extraits de sa base de données qui contient des centaines de CV médicaux. Elle recherche actuellement un obstétricien pour un hôpital français qui ne parvient à remplacer un départ à la retraite. « Je dois tout le temps vérifier la disponibilité des candidats car certains sont déjà partis à l’étranger. Les médecins roumains gagnent 400 euros par mois, et parfois ils doivent acheter le matériel et les médicaments », résume-t-elle. Les généralistes roumains, salariés, s’adaptent moins facilement que les spécialistes. « Avant leur départ nous leur apprenons la gestion des finances, le paiement à l’acte, les impôts. Grâce à cela, nos placements sont des succès ».
Quatre généralistes font vivre à tour de rôle un cabinet éphémère d’un village du Jura dépourvu de médecin
En direct du CMGF 2025
Un généraliste, c’est quoi ? Au CMGF, le nouveau référentiel métier redéfinit les contours de la profession
« Ce que fait le député Garot, c’est du sabotage ! » : la nouvelle présidente de Médecins pour demain à l’offensive
Jusqu’à quatre fois plus d’antibiotiques prescrits quand le patient est demandeur