Depuis quelques semaines, des médecins sont remontés contre la plateforme de rendez-vous en ligne Doctolib. Ils accusent la société de pratique non éthique et de détourner certaines informations de médecins, et de rediriger parfois la patientèle de praticiens désinscrits ou non abonnés vers d'autres confrères.
Le premier problème concerne les anciens abonnés Doctolib. Le Dr Bertrand Legrand, généraliste à Tourcoing, en a fait la démonstration avec le cas de l’une de ses consœurs, le Dr Cornu-Thorel, désabonnée de la plateforme. Lorsque l’on tapait son nom dans Google, la deuxième référence proposée était un lien Doctolib. Or, en cliquant sur son nom, l'internaute se retrouvait sur une page proposant le nom d’autres confrères à proximité, abonnés Doctolib, mais rien sur le Dr Cornu-Thorel.
[VIDEO] Le cas du Dr Cornu-Thorel expliqué par le Dr Legrand
Autre problème pour des médecins non abonnés mais quand même référencés dans l’annuaire de Doctolib. Lorsque l’on tape leur nom sur Google suivi de Doctolib, le deuxième lien vous propose de prendre rendez-vous en ligne avec ce médecin, mais le clic envoie là aussi à une page qui suggère des rendez-vous avec des confrères de la région mais pas celui recherché.
[VIDEO] Pourquoi les médecins dénoncent un « parasitisme » de Doctolib
« Doctolib exploite la notoriété d’un médecin, son nom et son prénom. C’est un peu comme si je prenais des panneaux d’affichage, que j’y inscrivais le nom de mes confrères d’à côté mais que je les dirigeais vers mon cabinet », explique le Dr Legrand qui a révélé toute l’histoire et est lui-même créateur d'un service de rendez-vous en ligne. Ce dernier, accompagné de confrères du syndicat UFML-S, a donc menacé le leader du rendez-vous médical de porter l’affaire devant la justice pour « parasitisme médical ».
Ne souhaitant pas se mettre à dos la communauté médicale, Doctolib a été prompt à réagir et s'est engagé à trouver des solutions. Jointe par Le Généraliste, la société veut éteindre la polémique et dément toute pratique mal intentionnée. Le co-fondateur de Doctolib Stanislas Niox-Chateau réfute particulièrement les accusations de « parasitisme numérique » et indique que les recherches Nom+Prénom+Doctolib sur Google dont le Dr Legrand fait mention « ne sont en réalité jamais effectuées par les patients ». Doctolib précise que dans sa démonstration, le Dr Legrand clique sur le deuxième lien en résultat sur le moteur de recherche « alors que le premier redirige bien vers la page du praticien ».
Doctolib stoppe les redirections
Doctolib assure avoir corrigé le tir et stoppé les mauvaises redirections. Ces modifications ont été saluées par les médecins qui ont lancé l'alerte et les tensions avec la plateforme de rendez-vous semblent désormais apaisées. Le Dr Legrand a même annoncé sur Twitter la fin du « Doctolibgate ».
Merci @stanniox pour son écoute et sa rapidité de réaction. #Doctolib a mis en oeuvre un référencement plus respectueux de l'éthique professionnelle des médecins. Fin du #Doctolibgate pour moi !
— Bertrand Legrand (@bdLegrand) 30 octobre 2018
Concernant la deuxième récrimination des médecins, la plateforme répond que la résolution du problème n’est pas de son ressort. Les praticiens demandent d'édicter une règle afin de séparer annuaire et agenda. « Le but n’est pas de supprimer Doctolib, c’est utile, mais il faut qu’il se conforme à notre éthique, souligne le Dr Legrand. La plateforme arrive sur un marché qu’elle ne connaît pas, il faut qu’elle en apprenne les codes. »
« Tant que vous avez un annuaire d’un côté et la prise de rendez-vous de l’autre, c’est insoluble car il faudrait venir empêcher Google d’indexer une partie des informations », explique le Dr Legrand qui demande donc à l’Ordre de se saisir du sujet. Le vice-président charge du numérique au CNOM le Dr Jacques Lucas a affirmé que l'Ordre « est en relation avec les sociétés prestataires depuis plusieurs mois » pour résoudre ces problèmes.
Prises de RDV en ligne. Sur les sujets évoqués dans cette conversation le CNOM est en relation avec les sociétés prestataires depuis plusieurs mois. Ces sujets ne lui ont pas échappés : référencement et motifs de RDV entre autres. Coconstruire le numérique en santé :-). https://t.co/lvZ8cxzgRu
— Jacques Lucas (@Jcqslucas) 28 octobre 2018
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