Pourquoi avez-vous été choisi pour prendre la tête de PariSanté Campus ?
Je peux surtout vous dire pourquoi j’ai souhaité diriger PariSanté Campus ! Mon parcours, d’abord comme médecin réanimateur à l'AP-HP et universitaire, avec un travail de recherche sur le cancer, sur la formation et le numérique, m’ont permis d’être expert de ces sujets de numérique en Santé. À travers mes fonctions de vice-doyen puis vice-président de la faculté de médecine de Paris, j’ai pu bénéficier de la compréhension des enjeux de grandes institutions sur le sujet. Mon rôle de conseiller pour la gestion de la crise Covid dans le cabinet d'Olivier Véran a complété cette vision avec les enjeux d’une nation, au cœur d’une crise inédite. Tout cela me permet aujourd’hui d’avoir une compréhension claire et une vision stratégique des enjeux du numérique en santé, et de les accompagner à travers la direction de PariSanté Campus, programme emblématique sur le sujet. Avec ce regard sur le numérique et le système de santé, j'ai une vision transversale à toutes les échelles, que ce soit le soin et la prise en charge d'un patient, d’une unité, d'un service, d'un hôpital, d’une institution ou encore d'un pays. Je souhaite contribuer activement à construire l'avenir du système de santé dans toutes ses dimensions, et notamment accompagner sa transformation numérique, à travers l’accélération de la recherche, le développement de l’innovation et la mise en place de nouveaux usages. L'idée n'est pas de dire que le numérique va tout faire, mais de faire en sorte qu'il contribue à améliorer certains pans du système de santé, à répondre à certaines problématiques, et à améliorer le quotidien des professionnels et des patients. Encore plus que les grandes avancées dans la biologie ou la génétique, le numérique fait intervenir des métiers très variés autour de la donnée comme des scientifiques en datas, des mathématiciens, des designers, des gestionnaires, et surtout des entreprises innovantes. Ce qui a suscité l'intérêt pour l'intégration de start-up au cœur de Parisanté Campus. Et évidemment cet écosystème ne se construit pas sans les patients et sans la société.
Quelle est l'histoire de PariSanté Campus ?
La transformation numérique s’opère depuis plusieurs années dans de nombreux domaines, y compris dans la santé. Mais depuis 2018, il y a eu une accélération forte, liée à une réelle volonté du gouvernement de faire avancer le numérique en santé. Cela s’est traduit par une feuille de route stratégique, déployant un certain nombre de nouvelles politiques publiques, associées à des financements : création de différentes institutions comme la DNS, l'ANS, Mise en place de plans comme le Ségur Numérique de la santé, etc. Sur ces fondations très importantes viennent se rajouter des objets visibles dont PariSanté Campus qui ont pour objectif d'incarner ces fondations, et de rassembler, sur un même site, tous les acteurs d’un écosystème, dans une dimension inédite. PariSanté Campus doit devenir un emblème au niveau national pour fédérer la dynamique et les initiatives pour l'innovation en santé, mais aussi au niveau international. Si la France a pu être une grande nation en médecine avec Louis Pasteur, Claude Bernard, Francois Monod ou bien d’autres..., elle doit l'être aussi dans le numérique en santé, gisement des grandes découvertes futures dans la santé.
Combien a coûté cette installation ?
Sur cette première opération, 45 millions d'euros ont été alloués par le plan France Relance. Vient s'y ajouter la participation des membres fondateurs de PariSanté Campus, à savoir l'Inserm, l'Inria, l'Université PSL, le Health Data Hub et l'Agence du numérique en santé (ANS). Il y aura aussi des financements complémentaires dans une stratégie de réponse à des appels à projets, qui se fera en lien avec les grands acteurs du numérique en santé. Le tout dans une logique de collaboration public-privé.
Quels sont les critères de sélection pour les start-up qui veulent intégrer PariSanté Campus ?
L’intégration de start-up à PariSanté Campus suit un processus bien défini et transparent. Un comité de sélection composé d'experts, membres fondateurs et extérieurs, auditionne les start-up candidates. Les critères d’analyse sont publiés sur le site internet de PariSanté Campus. Une fois intégrées, ces dernières participent activement à la vie de l’écosystème, et bénéficient de l'accès à un poste de travail, à tout notre réseau, mais également à une offre complète d'animations et de formations (cours sur la stratégie numérique en santé, algorithmique, enjeux d'une levée de fonds, conférences avec des entrepreneurs, des soignants, des institutions, un programme thématique avec les agences sanitaires, etc.). De façon plus informelle sont aussi organisés des moments d’échanges et de convivialité entre chercheurs et chefs d'entreprise, institutions, associations etc.
PariSanté Campus serait donc l'aboutissement de la stratégie numérique du Gouvernement ?
PariSanté Campus est un objet nouveau qui crée un écosystème et qui casse les silos, avec la logique de faire se rencontrer l'expertise pour accélérer le développement du numérique en santé. Nous arrivons en effet au terme d'une période, où les « fondations de la maison » ont été construites et PariSanté Campus en est un des éléments visibles. Certes le numérique progresse, mais beaucoup reste encore à faire pour diffuser cette connaissance et parvenir à former sur les outils. Nous devons aussi faire en sorte que les professionnels de santé ne soient plus inquiets par rapport au numérique, qui doit rentrer dans leur vie quotidienne, comme nous l'avons vécu dans d’autres secteurs comme les transports, la communication, la musique... Ils doivent comprendre l’impact positif que cela peut amener sur leur pratique, leur quotidien, la relation avec leurs patients etc. Le numérique doit transformer nos usages quotidiens en santé. Sur la prise de RDV, le partage d'informations, qui sont maintenant courants, et sur beaucoup d’autres sujets, qui vont se développer. Mais nous ne sommes encore qu’au début de toutes ces transformations.
Quels enjeux restent à surmonter ?
D'abord nous devons garantir un niveau d'évaluation qui soit au niveau de nos exigences, à l'instar des preuves apportées dans la recherche et l’évaluation médecine. Ensuite, le numérique doit être parfaitement accepté par les utilisateurs et les professionnels de santé. Enfin, il doit apporter un impact positif dans la prise en charge. Dans la plupart des études internationales, nous commençons à identifier dans les prises en charge les gains de survie (ou par exemple de survie sans récidive dans le cancer) grâce à l'utilisation du numérique.
Comment s'est passée l’installation de la première promotion des start-up au PariSanté Campus ?
Cette première promotion est essentielle ! Elle a été annoncée début 2022 et compte aujourd’hui 70 start-up. Elles ont accès au programme d'animation, le « Shaker » qui leur permet de suivre des formations scientifiques, en entreprenariat, sur les enjeux financiers, stratégiques, réglementaires, internationaux, etc. Elles ont aussi accès à du réseau, à des programmes de collaboration avec des grands groupes et des chercheurs. Elles bénéficient dans leurs démarches d'un gain de temps important et d'une densité d'expertise sur site, avec la possibilité de rencontrer des personnes très utiles pour le développement de leurs activités.
Quels échanges ont les start-up avec les industriels et les organismes de recherche ?
Notre objectif est de parvenir à créer un espace d'échange neutre, sécurisé et éthique réglementairement entre tous les acteurs du monde de la santé. Certains grands industriels travaillent avec nous pour accompagner les start-up dans le cadre de partenariats ou dans des logiques d’open innovation, et développent des collaborations avec les organismes de recherche. Ils réfléchissent avec nous sur les grands enjeux d'évolution du numérique pour la santé, en apportant leur expertise afin de faire évoluer leur modèle dans ce nouveau cadre. Par exemple, les modèles de fonctionnement de l'industrie pharma, évoluent beaucoup. Leurs acteurs ont besoin de comprendre comment le numérique va transformer leurs métiers. La réflexion à l’échelle d’un écosystème est pour cela très utile.
D'après le rapport de Robert Picard*, l'industrie pharma n'est pas très structurante en matière de santé numérique....
La plupart des grandes industries avec des modèles d'innovation classiques sont en train d'évoluer profondément. Les grandes entreprises comme les Gafam ou Uber ont pu se démarquer en développant des modèles de fonctionnement qui n’étaient pas ceux connus. En raison de cette nouvelle donne, l'industrie pharma, mais de façon plus large, l’industrie de la santé a besoin de se repenser complètement. Aujourd'hui la stratégie d'open innovation consiste non plus à avoir un département de R&D interne, mais des stratégies de sourcing d’innovation à travers des technologies émergentes développées par des start-up. À l’instar de Pfizer avec BioNtech, les grands groupes ont un intérêt à se trouver en proximité des start-up et réciproquement. Notre rôle chez PariSanté Campus est d'aider à ce rapprochement.
Comment les hospitaliers recueillent-ils les fruits de cet écosystème ?
Le monde de la santé est associé de façon étroite au fonctionnement de PariSanté Campus, et doit, à ce titre, en tirer un bénéfice important. Certes, il n'y a aucune activité de soin sur le site, ce n'est pas l'objet. L'objectif avec PariSanté Campus était d'avoir un espace pour recueillir toutes les expertises, y compris celle de soin, mais sans être forcément à proximité des patients. Le numérique amène une notion d'intermédiation intéressante qui permet de travailler sur la donnée, sans forcément être à proximité du patient. Ce qui permet de déverrouiller la localisation obligatoire auprès des centres de soins, sous réserve qu'on dispose de l'expertise soignante. C'est ce qu'on a développé avec l'AP-HP, certains Chu, certaines associations de médecins libéraux, des dentistes, des kinés....
Comment voyez-vous l'avenir à moyen terme ? La puissance publique sera-t-elle toujours présente pour soutenir le PariSanté Campus ?
Il existe aujourd’hui une vraie volonté des pouvoirs publics d'accélérer et d'investir dans l'innovation en santé. Cela se traduit par une dynamique bien visible de tous les acteurs. PariSanté Campus était envisagé bien avant le Covid, mais ce dernier l'a renforcé. Notre objectif, maintenant que ce campus existe et fonctionne, c’est d’être un élément moteur dans la transformation numérique du système de santé, en assurant la création de valeur scientifique et économique, et l’impact positif pour tous les professionnels et citoyens. Cela permettra de faire émerger des grandes découvertes scientifiques, des réalisations importantes dans la recherche et l'innovation, et des grands champions industriels. Et à travers le lien que nous pourrons créer avec les patients, les soignants et tous ces acteurs, transformer l’innovation en usage et améliorer le quotidien de la Santé.
Comment va faire la France pour rattraper son retard par rapport à certains pays très en pointe comme les États-Unis ?
La France a de nombreux atouts pour être leader sur le numérique en santé. Au-delà d’une expertise reconnue, nous disposons d’un outil unique, le SNDS, qui en matière de collecte de données a une qualité de données, et une profondeur historique très rares par rapport à d'autres pays. Garantir son accès à des niveaux de sécurité et des niveaux de pertinence optimaux est le rôle du Health Data Hub. Aux États-Unis, la donnée de santé est un produit libéralisé, qui se vend et se commercialise. En France, il est essentiel d’arriver à définir une doctrine nationale sur l’utilisation des données de santé, en adoptant des règles de partage et de valorisation qui pourront servir de modèle à l’échelle européenne. Aujourd’hui, les garanties éthiques et sociétales qui existent peuvent générer plus de temps pour l’exploitation des données, à l’échelle nationale ou européenne, mais, comme le RGPD, ce sont des garanties essentielles pour assurer que l’ensemble des utilisations respecte un cadre éthique et sociétal conforme, permettant d’inventer un modèle de numérique en santé avec les meilleurs standards éthiques au monde. D'ailleurs, le HDH s'est récemment mis en pointe de cette réflexion, ce qui permet aujourd’hui à la France d'être le leader dans la stratégie de partage des données de santé à l’échelle européenne, notamment dans la réflexion sur l’EHDS (European Health Data Space, constitution de bases de données européennes qui permettront à terme à des citoyens européens de voyager dans n'importe quel pays et d'avoir avec eux leurs données de santé) C’est un objectif rapidement atteignable ! Avec la crise du Covid, on a réussi à mettre en place le passe sanitaire à 27 pays européens rapidement. Cela a entraîné une prise de conscience de l'urgence de développer des outils numériques coordonnés dans la santé à l'échelle européenne. Quelques pays en Europe comme la Suède, la Finlande, l'Allemagne qui accompagnent la France, ont des exemples d'usages et d'initiatives très intéressantes. Enfin, être en pointe sur le numérique en santé doit permettre d’améliorer les objectifs finaux d’un système de santé, notamment l’espérance de vie. Sur ce dernier point, je crois que la France fait mieux que les États-Unis si on regarde les actualisations récentes de ces indicateurs.
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