En août 2016, le service des douanes finnois réussit à démanteler un réseau impliqué dans le trafic et la vente de drogues sur le dark net. Né en 2014 sur le site Silk Road, ce réseau était considéré comme le plus important dans le nord de l'Europe. Selon les douanes, le vendeur aurait réussi à importer 40 000 tablettes d'ecstasy, 30 000 buvards de LSD et 40 kg d'autres drogues incluant amphétamines, méthamphétamine, héroïne, cocaïne, MDMA... La même année, les autorités judiciaires allemandes arrêtent quatre trafiquants qui ont réussi à vendre des substances illicites pour 1,27 million d'euros dans 62 pays en utilisant le service de la poste et de l'envoi de colis. En effet, les délinquants du web ont fait leur apparition avec l'explosion d'Internet et des nouvelles technologies. Comment les acteurs de ce marché caché sont-ils nés ? « D’après une étude de Soska et Christin en 2015, les marchés anonymes modernes [n1] (ou cryptomarchés) sont apparus au début des années 2010 avec l'avènement du système de routage anonyme Tor et des nouvelles monnaies virtuelles comme le Bitcoin, qui ont permis à leurs utilisateurs d'obtenir des garanties supérieures d'anonymat, comparé à ce qui se faisait jusque-là. Ces places de marchés en ligne ressemblent à eBay ou Amazon, leur seule différence avec ces deux sites est leur anonymat. Silk Road, le premier marché à intégrer Tor et Bitcoin, a ouvert ses portes en février 2011, et a été fermé par le FBI en octobre 2013. Juste après cette saisie, la version n°2 de Silk Road est apparue et depuis cette époque il y a eu une prolifération de marchés du dark (plus d'une centaine) qui ont émergé. La principale raison des fermetures de sites du dark web (89) est l'exit scam ("arnaque de sortie"). En d'autres termes, les opérateurs d'un site le ferment brutalement, prenant l'argent des clients, mais sans répondre aux commandes de ces derniers. Quels sont les autres moyens d'arrêter un site ? Soit les acteurs se mettent d'accord entre eux pour le fermer, soit le site a été désanonymisé, soit il est fermé par un hacker (les hackers se font beaucoup de misères entre eux). Enfin, les autorités le mettent hors d'usage. Sur le terrain du dark web en effet, la bataille est permanente et incessante. En 2015, l'operation Onymous menée conjointement entre le FBI et Europol contre les hackers a conduit à la fermeture d'un certain nombre de marchés : Pandora, Silk Road 2.0, Black Market, Blue Sky, Tor Bazaar, Topix, Hydra, Cloud 9 et Alpaca.
Comment le dark web illégal est-il organisé ? Chaque marché liste les substances à sa façon, en général par catégorie de drogue comme par exemple les stimulants ou les opioïdes, bien que ce type de catégorisation ne soit pas faite systématiquement de cette manière. Par exemple, dans la catégorie des opioïdes peuvent apparaître d'autres listes de drogues comme les benzodiazépines. Concernant les nouveaux produits de synthèse (NPS) qui désignent un éventail très hétérogène de substances qui imitent les effets de différents produits illicites (ecstasy, amphétamines, cocaïne, cannabis, etc.), ils jouent un rôle relativement mineur sur le marché du dark web, comparés à leur présence sur le web surfacique ou "classique". En effet, le nombre de transactions sur ce dernier est beaucoup plus important que celui du dark web. Sur celui-ci, alors qu'environ la moitié des vendeurs se focalisent sur un type unique de clientèle, certains vendeurs fournissent des drogues en quantité très variables. Au final, la majorité des vendeurs se spécialisent en un ou deux types de produits, certains, plus rares, agissent comme des sortes d'hypermarchés en vendant des drogues de catégories diverses et variées. En conséquence, si les efforts pour la lutte contre la cyberdélinquance étaient portés sur ces "gros" vendeurs, cela permettrait de nuire de façon sérieuse à la fourniture de drogues sur le marché européen et même dans les autres marchés. Dans un rapport publié en 2017 par l'Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (European Monitoring Center for Drugs and Drug Addiction, EMCDDA), et basé sur les données collectées par Soska et Christin, les trois pays européens où les ventes de drogues ont été les plus élevées sont l'Allemagne (26,6 millions), le Royaume-Uni (20,3 millions), les Pays-Bas (17,9 millions). Les autres pays européens sont loin derrière, comme la Belgique (4,7 millions), la Croatie (2,3 millions), la Suède (1,3 million), la France ainsi que plusieurs autres pays européens qui sont en dessous de 1 million d'euros de ventes. Dans ces trois pays à fort potentiel (+la Belgique), la part du lion revient aux stimulants hors cocaïne, comme le MDMA (ectasy) et les amphétamines. Ces résultats ne sont pas surprenants selon les auteurs de l'étude, car ces régions sont des fournisseurs importants de ces drogues synthétiques. En Allemagne et aux Pays-Bas, les ventes de cocaïne et de cannabis représentent aussi une part significative. En termes de parts de marché, les pays de l'UE représentent tout de même 46 % de l'ensemble des revenus mondiaux des drogues, mais seulement 34 % des quantités de drogues vendues. Pourquoi ? Le cannabis qui a un coût à l'unité plus faible que les autres substances, représente une part plus importante des ventes dans le reste du Monde qu'à l'intérieur de l'Europe. Les services de douane et de police ont encore du pain sur la planche pour des années.
Sources:
Drugs and the darknet: perspectives for enforcement, research and policy EMCDDA, Europol, Lisbon, November 2017.
Kyle Soska and Nicolas Christin. Measuring the Longitudinal Evolution of the Online Anonymous Marketplace Ecosystem. In Proceedings of the 24th USENIX Security Symposium (USENIX Security'15), pages 33-48. Washington, DC. August 2015.
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