Au final, à quoi ressemblera l'espace numérique de santé (ENS), création du projet de loi de santé actuellement examiné au Parlement ?
L'article 12 grave dans le marbre la création d'un espace numérique de santé personnel pour tous les usagers d’ici au 1er janvier 2022. À cette date, l'ouverture d'un ENS sera automatique dès la naissance, ont précisé les députés par amendement la semaine dernière. Les élus ont également inscrit dans le marbre l'obligatoire d'interopérabilité entre l’espace numérique et les services avec qui il est interconnecté.
De quoi parle-t-on ? Invité à débattre aux Contrepoints de la santé, Dominique Pon, responsable stratégique de la transformation numérique en santé au ministère et directeur de la clinique Pasteur de Toulouse, a précisé les contours de ce nouvel outil. « L'idée est de rassembler un ensemble de services, comme l'accès à ameli, le dossier médical partagé (DMP), des outils de prévention et de coordination », résume-t-il. L'usager accédera à ses données administratives, ses remboursements, ses constantes et son carnet de santé (allergie, vaccins, groupe sanguin, antécédents médicaux), ses ordonnances mais aussi à un agenda numérique avec rappel de ses rendez-vous, une messagerie sécurisée de santé ou sa e-carte vitale. Un autre espace baptisé « store santé » rassemblera des applications et objets connectés référencés (pour la télésurveillance par exemple). À l'usager de décider de les utiliser ou non.
Coauteur du rapport sur le virage numérique, Dominique Pon précise que ce coffre-fort numérique est une étape supplémentaire dans la stratégie de déploiement de l'e-santé en France, et surtout dans son homogénéisation. Avec l'ESN, l'idée est de capitaliser sur des applications et logiciels déjà existants et compatibles. « L'outil devra être simple et faire gagner du temps », ajoute-t-il.
Déjà des freins identifiés
Quand on sait que le DMP a mis 15 ans à sortir de terre, on peut s'interroger sur la faisabilité de l'espace numérique de santé.
L'association de patients Renaloo – adhérente de France Assos Santé – s'est dite favorable à ce nouvel outil intégrant des « services intéressants et personnalisés » tout en précisant qu'un travail de fond était nécessaire. « Le problème est plutôt l'appropriation de l'outil par les professionnels de santé et les établissements. Les freins peuvent être culturels », pointe Magali Leo, responsable du plaidoyer à Renaloo.
« La moyenne d'âge des médecins est de 55 ans, ils peuvent rencontrer des difficultés dans l'appropriation du DMP car ils ne sont pas formés alors que les jeunes médecins ont grandi avec la technologie », appuie le président de l'Intersyndicale des internes (ISNI) Antoine Reydellet. Le chef de file des internes émet aussi des réserves sur le déploiement de l'ENS quand perdure la fracture numérique.
De nombreuses questions demeurent. Quel sera le coût ? Qui sera le payeur ? Quelle sera la gouvernance ? La multiplication des acteurs ayant un pied dans le numérique (ASIP, CNAM, DGOS, etc.) rend la tâche plus ardue. « Il faut d'abord clarifier vers ou on veut aller et rédiger une feuille de route avant la fin de l'année avant d'avoir une gouvernance lisible. Rien n'est arbitré. », conclut Dominique Pon.
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