Toutes les études en attestent, « l’ubanotropisme » est un phénomène systémique. Conséquence, 21 % de la population se répartit dans 79 % du territoire qui voit s’organiser la désertification des services et des commerces en France. Paradoxalement, pour les citadins, de plus en plus entassés, la mobilité urbaine devient une épreuve quotidienne et particulièrement dans les grandes métropoles. Deux phénomènes opposés, une conséquence commune, la perte d’un temps précieux. Jusqu’à peu, nous avions la possibilité de déplacer le citoyen ou le service. L’avènement du numérique porté par des réseaux à haut débit peut contribuer à rendre ledit service en ne déplaçant que l’information. Cette dématérialisation de la communication, à condition de l’organiser, peut résoudre bien des problèmes et notamment dans la santé.
Speed and Services matter
Un site Internet américain (www.speedmatters.org), militant depuis 2010 pour l’Internet à très haut débit, démontre par l’exemple les bénéfices partagés pour la santé publique tant aux plans sanitaire qu’économique. Le développement, en France, des déserts médicaux plaide pour l’organisation globalisée d’une expertise médicale et médico-sociale sécurisée à distance « as a service » (EMAAS) particulièrement via la démocratisation de la visioconférence. On envie la Corée du Sud qui offre à ses citoyens un réseau fibré à 1 Gb full duplex pour à peine 30 USD par mois qui permet un accès à des fichiers lourds (ex : images IRM) parfois dix fois plus rapide qu’en France. Dans l’hypothèse de l’existence de tels débits, qui représente le sens naturel de l’Histoire, on imagine facilement les services dès lors rendus possibles par le support de la visioconférence. En santé, comme en d’autres domaines, l’important n’est plus d’avoir un matériel spécifique, de connaître son mode de fonctionnement ou de localiser les interlocuteurs. La technologie s’efface devant les besoins d’usage. Seuls demeurent l’identification et l’authentification du patient et de l’expert, la disponibilité du réseau, la confidentialité des données échangées et hébergées, et bien sûr l’objet de la consultation. C’est le mode Q3 du « qui, quoi, quand ».
La liste des services possibles est considérable. On ne citera que certains d’entre eux. Éviter de déplacer des personnes âgées en maison de retraite ou en Ehpad, diagnostic complexe, qualification de niveau d’urgence, plans blancs et autres catastrophes sanitaires, appréciation de gravité dans des déserts médicaux en appui de structures légères (infirmières et médecins), accès rapide à une information de qualité à domicile en zone urbaine. La visioconférence ouvre également des perspectives intéressantes lorsque plusieurs compétences sont requises, comme en oncologie (RCP), radiologue, pour des soins complexes, la présence nécessaire d’une équipe thérapeutique, médecin de famille assisté par un spécialiste, l’éducation en kinésithérapie, la formation des familles, la formation des soignants, etc. La mobilisation numérique de ressources transversales est aussi un élément fondamental (pénitenciaire, police, justice) pour de meilleures pratiques plus adaptées et plus souples.
L’État devrait également y trouver son compte, car on peut raisonnablement penser qu’au-delà d’une qualité optimisée, ces pratiques sont sources d’économies de temps, de ressources publiques sans parler d’un effet carbone positif.
Altius, Forcius, Citius
En s’intégrant dans le flux de partage des données médicales d’une manière simple, la visioconférence permet au médecin de diagnostiquer sans être contraint par la technologie en contact visuel permanent avec le patient qui à distance, ce qui revêt une importance parfois capitale pour son confort et sa sérénité.
On peut aller plus loin et notamment dans la santé avec des structures mobiles connectées comme un camion ou un chariot incluant à la fois un système d’information patient, une unité de visioconférence, les services de l’Internet des objets sur une base sécurisée en mode « Medicine as a Service ». Si une infirmière formée bénéficie de la sécurité d’experts, la prise en charge des patients peut réellement être améliorée.
Ce concept d’information mobile peut également être utilisé dans d’autres cas, tels les services administratifs. De là à imaginer une Poste mobile, un assureur mobile, une banque mobile il n’y a qu’un pas que les grands pourvoyeurs d’information ont franchi ou s’apprêtent à franchir. Dans le domaine de l’éducation, la tendance est à « l’ubérisation » avec les formations Mooc (Massive Open Online Courses) ou formation ouverte en ligne qui, pour partie, renvoient les cours académiques au rebut.
Questions à ne pas poser
Les technologies sont prêtes, elles peuvent générer des économies et de la performance, de la compétitivité, diraient certains. S’agissant des acteurs, il reste à les fédérer autour d’une idée commune et l’on constate que, par certains côtés, la volonté de convergence manque à l’appel. Autre point stratégique à régler, les débits réels et la disponibilité des réseaux. Qui n’a pas constaté qu’une offre Internet illimitée et vendue « jusqu’à 28 Mb/s » n’est que très rarement effective. Par ailleurs, les ruptures de faisceaux sont relativement fréquentes, ce qui pose de graves problèmes pour le santé par l’exposition au risque vital parfois. L’Histoire s’écrit petit à petit, mais l’expertise mobile est inscrite en son sein. Rendez-vous dans quelques années. Nous pensons que de la contrainte notamment économique jaillira la lumière et qu’à la fois industriels et décideurs sauront saisir cette opportunité à la fois utile, noble et rentable.
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