Sur la question de la fin de vie, « ne serait-il pas temps de baisser les armes ? Ne serait-il pas temps, face à la demande du patient, de laisser de côté nos convictions, qu’elles soient philosophiques ou religieuses, car il ne s’agit que de convictions ? Ne serait-il pas temps, donc, d’arrêter de se mentir ? », interrogent, dans un communiqué de presse, plus de 500 professionnels de santé adhérents et non-adhérents à l'Association pour le droit à mourir dans la dignité (ADMD).
Rappelant que la Belgique a autorisé l'aide médicale à mourir il y a vingt ans, l'ADMD regrette, dans son manifeste, qu'en France, aucun « basculement anthropologique ne (se soit) produit ». « Depuis nous ne cessons de penser à toutes ces personnes sur leur lit de souffrance, en France, qui n’ont pas eu le choix », écrivent-ils.
En désaccord avec l'Ordre des médecins
« Non, nous ne sommes pas liés à un Serment d’un autre siècle mais à un Serment que nous nous sommes fait dès le début de notre engagement de soignants : écouter, comprendre et venir en aide », soulignent-ils.
Faisant référence à une interview du président du Conseil national de l'Ordre des médecins (Cnom) donnée à nos confrères du Quotidien du médecin mi-septembre, les signataires écrivent : « Non, nous ne nous reconnaissons pas dans les prises de position de l’Ordre des médecins concernant l’évolution de la loi sur la prise en charge de la fin de vie ».
Pour rappel, dans cette interview, le Dr François Arnault soulignait ainsi que « l'Ordre (n'était) pas favorable à l'euthanasie (quand l'injection létale est réalisée par le médecin, ndlr) ».
L'aide active à mourir est un soin
« Oui, il existe des douleurs physiques réfractaires à toutes les prises en charge, aussi élaborées soient-elles. Oui, il existe des douleurs psychologiques et morales insupportables et réfractaires à tout l’arsenal thérapeutique ; le nier n’est pas déontologique », défendent ainsi les signataires.
En ce sens, « nous disons haut et fort que l’aide médicale à mourir est un soin lorsque nous sommes face à une maladie grave et incurable, amenant des douleurs physiques ou psychiques intolérables, et que le colloque singulier qui nous unit en arrive à la conclusion qu’il n’y a pas meilleur service à rendre au patient, conscient et capable, que de répondre favorablement à sa demande de bénéficier d’une aide active à mourir afin de sauvegarder sa propre dignité », affirment-ils encore.
Pour appuyer leur demande, les soignants à l'initiative du manifeste rappellent les résultats d'un sondage Ifop montrant que « 82 % des Français pensent que l’aide médicale à mourir est un soin de fin de vie ».
« Nous disons haut et fort que l’aide active à mourir qui serait pratiquée par un médecin n’altère pas la confiance que son patient lui témoigne ; en effet, 77 % des Français affirment leur confiance dans un médecin qui pratiquerait des aides médicales à mourir », selon ce même sondage.
La clause de conscience est et restera inaliénable
« Nous, professionnels de santé, affirmons que nous sommes prêts à accompagner nos patients en fin de vie lorsqu’ils jugent que leur vie n’en est plus une, dans un cadre strictement légal et encadré (...) Nous, professionnels de santé, affirmons pouvoir garantir que le patient pourra jusqu’à l’acte ultime en décider autrement (...) », garantissent-ils.
Pour finir, les signataires assurent que la « clause de conscience est et restera inaliénable ». « De ce fait, le médecin sollicité qui ne souhaite pas consentir à un acte qui demeurera singulier pourra orienter son patient vers un autre médecin, volontaire », précisent-ils enfin.
Ce manifeste a été signé par le Dr Jean Daquin, délégué national de l’ADMD en charge de la commission Soignants, ancien médecin gynécologue, et le Dr Anne Vivien, vice-présidente de l’ADMD, ancienne médecin anesthésiste réanimatrice. Le manifeste a également été signé par les 23 membres de la commission Soignants de l’ADMD ainsi que par 475 professionnels de santé, adhérents et non-adhérents de l'association.
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