Dr Jean-Claude Azoulay, vice-président du SNMB*

« La demande augmente plus vite que nos capacités »

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Publié le 11/09/2020
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Les délais pour accéder à un test de dépistage par RT-PCR en laboratoire et pour en obtenir le résultat se sont considérablement allongés ces dernières semaines. Pourquoi ?

Dr J.-C. Azoulay : Les difficultés viennent du fait que l’accès aux prélèvements est libre, tout le temps, sans ordonnance. La demande augmente donc plus vite que nos capacités. Certains laboratoires sont contraints de mettre des vigiles devant les files d’attente. Nous faisons en sorte d'augmenter les prélèvements, d’avoir plus de personnel, de matériel, mais nous sommes à nouveau submergés par des demandes qui ne sont pas rationnelles. Beaucoup de gens viennent se faire tester sans symptômes. Et nous avons aussi des personnes testées positives et qui doivent revenir car l’employeur ne veut pas les reprendre tant qu’elles n'ont pas un résultat négatif. Ce n’est pas rationnel car des gens peuvent rester porteurs même un mois après. Nous avons demandé au ministère de la Santé d'élaborer une doctrine pour qu’une reprise du travail soit possible au bout d’un certain temps.

Quelles sont vos principales difficultés ?

Dr J.-C. A. : La situation devient de plus en plus difficile, certains laboratoires sont obligés d’envisager les trois-huit, parce que nous n’avons pas de nouvelles machines. Nous augmentons donc leur cadence, cela nécessite du personnel. Des laboratoires sont aussi confrontés à des ruptures d'approvisionnement de certains réactifs, consommables ou écouvillons, ce qui entraîne des arrêts temporaires. De fait, le retard s’accumule.

Le ministère de la Santé vient de fixer une liste des personnes à tester en priorité. Était-ce une erreur d’ouvrir le dépistage à tous ?

Dr J.-C. A. : Nous n’avons pas assez de recul. Mais la politique de dépistage massif a permis de dépister beaucoup de porteurs sains dans la population jeune et de prendre des dispositions par rapport à cette population. Si l’on avait réservé les tests aux patients contacts ou avec des signes cliniques évocateurs, nous serions passés à côté de ces cas. On ne peut donc pas dire que c’est une erreur d’avoir ouvert le dépistage à tous. Je trouve dommage en revanche que l’on ait un peu court-circuité le médecin dans cette opération. Il aurait pu coordonner.

L’objectif d’un million de tests par semaine, voulu par le ministère, est-il souhaitable ?

Dr J.-C. A. : Nous montons en capacité, nous avons dépassé les 900 000 tests par semaine. Il nous l’a demandé mais c’est très difficile, très lourd. Nos personnels sont en burn-out. On nous a aidés en autorisant les étudiants en médecine, maïeutique, pharmacie, etc., à tenir le rôle de préleveurs. Mais ils vont reprendre leur activité. Nous envisageons, si jamais la situation s’aggrave, de remettre en service les centres Covid que nous avons connus au moment de la crise. Les prélèvements seraient effectués par des infirmiers sur des vacations, un médecin organiserait les choses et une contractualisation serait passée avec un labo à chaque fois. Nous essayons de nous préparer à cette situation, en espérant qu'elle ne se produira pas.

*Syndicat national des médecins biologistes


Source : lequotidiendumedecin.fr