« L'hôpital est assiégé par une population venue du monde entier. Nous devons supprimer l'AME. » C’est par cette phrase, prononcée lors de son discours à Béziers samedi 16 octobre et tweetée dans la foulée, que le polémiste et potentiel candidat à la présidentielle, Éric Zemmour a, une nouvelle fois, créé la polémique. Les réactions des professionnels de santé se sont succédé pour pointer le caractère fallacieux de cette déclaration.
Gronde sur les réseaux sociaux
Sur Twitter, de nombreux médecins ont critiqué les propos du polémiste, comme le médecin généraliste Dr Aviscène, le médecin urgentiste Dr Philippe Le Conte, le médecin humanitaire Dr Jean-François Corty ou le chef des urgences en Seine-Saint-Denis Dr Mathias Wargon.
Il a cru c’était les croisades à l’hôpital. Ben en fait pour y avoir bossé plusieurs années c’est juste..faux.
— Aviscène (@AviScene_) October 16, 2021
Et pour ce qui est de l’AME même en cabinet de ville et en travaillant dans des quartiers populaires j’en vois max une demi douzaine dans la semaine. https://t.co/FnDFo54toJ
« Assiegé ». Médecin dans un service de dernier recours dans un CHU de ville moyenne, j’ai pris en charge tout juste 5 patients avec l’AME en 10 ans. Dur de résister au « siège »...
— Jean Lefebvre (@DrJeanLefebvre) October 17, 2021
Dans le monde syndical également, les médecins sont ulcérés, à l’image du président de l’UFML-S, Dr Jérôme Marty. « Cette manipulation grossière est dégueulasse et très dangereuse. Je ne veux pas de haine dans mon pays ! » Ce dernier rapporte une tout autre réalité. « J’ai eu des retours de terrain : en fait, aux urgences, les spécialistes ne voient très peu, voire jamais d’AME. C’est rare ! De toute manière, en tant que médecin, on soigne tout le monde. Notre seule fonction, c’est le soin. »
Du côté de la CSMF, le président de la branche généraliste, Dr Luc Duquesnel, est lui aussi en colère. « Les propos tenus sont choquants, car ils sont faux. Éric Zemmour sous-entend que ces personnes, stigmatisées, coûteraient cher et prendraient la place des Français… Pour en prendre en charge, je peux assurer que leur état de santé n’est pas leur préoccupation première. Il n’y a aucune surconsommation de soins de leur part. »
Quid de l’AME ? Pour le Dr Jacques Battistoni, président de MG France, la supprimer est « une proposition démagogique, sur un plan humanitaire inacceptable, et préjudiciable en termes de santé publique. Nous défendons que chacun puisse être soigné. C’est le serment d’Hippocrate ». Sur les propos tenus par le polémiste, le praticien parle d’un « écart considérable entre l’idéologie et la réalité des chiffres » et observe « un glissement vers des idées extrémistes », même si, tient-il à rappeler, « il n’est pas le seul à remettre en question l’AME. »
0,42 % du budget Santé consacré à l'AME
L’aide médicale d’État (AME) est un dispositif, créé en 2000, permettant aux étrangers en situation irrégulière de bénéficier d'un accès aux soins. Cette aide peut être accordée par les Caisses primaires d'assurance maladie (Cpam) aux personnes majeures pouvant justifier avoir résidé de façon continue sur le territoire français depuis plus de trois mois et sous conditions de ressources pour une durée d’un an renouvelable ; ou en l'absence d'autre prise en charge dans le cas des mineurs isolés étrangers. L'AME permet le remboursement sans avance de frais du panier de soins de l'Assurance maladie, à l'exception des cures thermales, de la procréation médicalement assistée et des médicaments à Service médical rendu (SMR) faible.
En 2022, un milliard d’euros sera affecté à cette aide – hors soins urgents – sur 234 milliards d’euros affectés à la santé soit… 0,42 % du budget total. Selon le ministère de la Santé, plus de 383 000 étrangers en ont bénéficié en 2020. Olivier Véran avait d’ailleurs estimé en mai que « la très large majorité de ces dépenses sont nécessaires et incompressibles en l'état actuel de notre pays ».
Le non-recours à l'AME est important
Interrogé, le directeur de recherche à l’Institut de recherche et documentation en économie de la santé (Irdes), Paul Dourgnon, cite des chiffres implacables, dont celui du non-recours, important. « Une personne éligible sur deux accède à l’AME. Un sans-papier sur dix viendrait pour le système de santé français. Et parmi eux, tous n’ont pas accès à l’AME, puisque le déterminant le plus fort est le temps : il faut être sur le territoire depuis au moins trois mois ».
Il explique notamment que près de la moitié des personnes atteintes de maladies chroniques comme le diabète ou des maladies infectieuses restent non couvertes. « Pour les personnes qu’elle est censée protéger, l’accès à l’AME semble en effet le résultat d’un processus lent et chaotique, marqué par des ruptures de droit et le contact avec des professionnels de santé ne garantit pas à lui seul une orientation efficace vers l’AME. » Paul Dourgnon, qui a travaillé sur les questions d’immigration, déconstruit ce qu’il qualifie de « provocation » d’Éric Zemmour : « la migration se fait principalement pour motif économique, évidemment pas pour la santé ».
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