Pour son 127e congrès et pour la deuxième année consécutive, l’épidémie de Covid a contraint la Société française d’ophtalmologie (SFO) à un congrès digital. En 2020, le congrès, qui se tient habituellement en mai, avait dû être reporté en septembre et organisé en trois mois sous forme virtuelle. Une expérience qui a permis de progresser sur la formule qui, en 2021, a maintenu cinq plateaux différents en direct du Palais des Congrès. Ce « congrès d’orateurs » (ceux-ci étant bien présents sur place), devait initialement être associé à un accueil du public dans le respect des gestes barrières, dans l’idée de constituer un congrès test ; mais cela a été refusé et, vu les contraintes de jauge pour le public toujours en vigueur, c’est la formule du congrès d’orateurs seuls qui a été retenue. « Nous avons ainsi accueilli deux tiers des orateurs sur place (dont 90 % étaient vaccinés) pour 696 présentations organisées en 124 sessions sur trois jours », se félicite le Pr Bahram Bodaghi (La Pitié-Salpêtrière, Paris), le secrétaire général de la SFO.
Pour pallier l’absence éventuelle d’un orateur et assurer un déroulé plus précis, la plupart des sessions ont été préenregistrées. Les orateurs présents avaient la possibilité soit de recourir à ces enregistrements, ce que la grande majorité a fait, soit de les présenter en direct. Dans tous les cas de figure, les modérateurs étaient sur place pour mener les débats, et aborder les questions posées par les internautes sur le fil de discussion. « La présence des orateurs sur place rendait le congrès indubitablement plus vivant qu’une simple succession de présentations enregistrées », souligne le Pr Bodaghi, ajoutant que de nets progrès ont été réalisés par rapport au congrès de septembre 2020, en particulier sur le plan technique. Globalement, 2 600 personnes se sont connectées sur ces 3 jours — contre 4 500 à 5 000 assistent au congrès habituellement —, avec en moyenne un temps de connexion de plus de 6 heures. Ces ophtalmologistes se connectaient depuis la France mais aussi depuis un certain nombre d’autres pays, dont la grande majorité depuis le Maghreb.
Enseignements, débats, surspécialités
Tous les thèmes abordés habituellement ont été repris, avec des conférences-débats, des sessions d’enseignement actualité, mettant le glaucome à l’honneur, des communications des sociétés de surspécialité, une matinée sur la chirurgie ophtalmologique. Les symposiums étrangers, franco-maghrébin, franco-israélien et franco-chilien, ont pu être repris, avec à chaque fois entre 300 et 500 personnes connectées.
Parmi les multiples sujets exposés, citons les effets ophtalmologiques de nouveaux médicaments systémiques, les maladies des taches blanches du fond d’œil, des pathologies un peu méconnues comme les maladies héréditaires, de nombreuses sessions de cas cliniques très appréciées sur la rétine, la cornée, le glaucome.
Le rapport annuel portant sur la neuro-ophtalmologie, présenté par les Drs Vignal et Lamirel a drainé un taux d’audience particulièrement élevé. Pour la première fois, ont été organisées des controverses après lesquelles les internautes votaient pour l’une ou l’autre des positions. Le symposium pour l’European bord of ophthalmology, groupe de travail créé afin d’homogénéiser l’ophtalmologie européenne et de délivrer un diplôme européen garantissant les plus hauts standards de soins en ophtalmologie, a réuni 600 internes européens.
Enfin, ont été invités comme orateurs, le Dr Adi Abulafia (Israël) pour le segment antérieur, le Pr Giovanni Staurenghi (Milan) pour l’imagerie de la rétine et le Pr Jean-François Delfraissy, président du conseil scientifique Covid-19. L’industrie était présente, avec des stands virtuels et des symposiums présentés en dehors du programme scientifique.
De la continuité à l’innovation
« Le Covid nous a permis de revisiter la façon d’organiser un congrès scientifique et de réfléchir à une nouvelle formule combinant les avantages du présentiel et du virtuel », explique le Pr Bodaghi. Si tous aspirent au retour à des congrès plus conviviaux, le numérique ne manque pas d’intérêt. Les orateurs ont plébiscité le préenregistrement des sessions, et les internautes la facilité de passer d’un plateau à un autre, et de pouvoir suivre le différé. La majorité des communications acceptées après examen des abstracts n’ont pu se faire à l’oral et sont passées en posters, en gardant les communications orales les mieux notées, ce qui a permis, si le nombre de sessions a été réduit, d’être suivies par plus d’ophtalmologistes.
Prochain rendez-vous, la journée « Un jour pour être à jour », se tiendra pour la première fois le 6 novembre 2021. Entièrement digitale, elle reprendra toutes les actualités de l’année dans les surspécialités, avec des orateurs à distance mais les modérateurs sur place. Elle s’accompagnera vraisemblablement de multiplexes, en région ou à l’étranger, réunissant 20 ou 30 personnes autour d’un leader d’opinion.
Exergue : À l’issue des controverses, les internautes ont pu voter pour l’une des positions présentées
Entretien avec le Pr Bahram Bodaghi, La Pitié-Salpêtrière, Secrétaire Général de la SFO
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