LA VOIX EST ASSURÉE, mais l’intonation montre que la fatigue commence à gagner. Le Dr X., directeur d’une clinique privée du centre d’Abidjan, en plein quartier d’affaires, dresse un tableau alarmant de la situation sanitaire de la capitale ivoirienne à la faveur des événements récents.
« Depuis le 31 mars, indique le Dr X., nous connaissons d’énormes problèmes d’accès aux soins à Abidjan ». Selon lui, la grande majorité des cabinets libéraux sont fermés, tant l’insécurité est grande dans la capitale, empêchant les médecins de rejoindre leur lieu de travail. Même chose pour les hôpitaux et les CHU, en quasi-cessation d’activité pour cause de manque de personnel. Mais dans sa clinique, les choses se sont passées différemment : « La grande majorité des soignants, médecins ou non, n’a pas quitté la clinique depuis le début des événements », indique-t-il au « Quotidien ». Si le personnel a souffert de la situation, les patients en revanche n’ont eu qu’à se féliciter de cet état de fait. Les soins courants ou de première urgence ont ainsi pu être assurés, et la cuisine de l’établissement a pu continuer à nourrir les patients encore hospitalisés, même si une coupure d’eau de 5 jours consécutifs a posé d’importants problèmes. Mais globalement, la situation reste très tendue. « Dans certains hôpitaux, continue le médecin, il y avait un chirurgien de garde, mais pas d’anesthésiste, ou le contraire. Les patients dialysés ont rencontré aussi de grosses difficultés du fait du manque de personnel pour réaliser leur dialyse. » Même chose pour les femmes enceintes : un confrère du directeur de la clinique a rencontré le cas d’une femme arrivée à terme, et qui a perdu les eaux. Elle devait subir une césarienne mais a du accoucher par les voies naturelles faute de personnel médical disponible. Le Dr X. évoque aussi le problème des nombreux blessés par balles qui arrivent dans les hôpitaux de la capitale. « Pour une bonne part d’entre eux, continue-t-il, il n’a pas été possible d’intervenir convenablement en urgence, faute de chirurgien. Beaucoup ont du se contenter des premiers soins, et attendre plusieurs jours pour qu’il soit possible de les opérer. » Pire, un patient arrivé dans CHU avec une balle dans le cerveau n’a pu bénéficier d’un scanner, faute de personnel pour réaliser l’acte. Le Dr X. ne sait pas ce qu’il est advenu de ce blessé.
En dehors de sa clinique, ce n’est guère mieux. « Personne ne peut bouger, tout le monde reste chez soi, de peur de prendre un coup ou une balle perdue, commente le Dr X.. Dans les rues, des gens habillés en militaires [sans qu’il soit possible selon lui de déterminer à quelles forces ils appartiennent] tirent sur les ambulances, moi-même, j’ai essuyé des coups de feu en me déplaçant. »
L’arrestation, lundi 11 avril, de l’ancien président Gbagbo, n’a pas fondamentalement changé la donne. « Ça commence très timidement à se calmer. Certains quartiers ont été sécurisés, mais celui où se trouve ma clinique ne l’est pas encore. » Dans plusieurs quartiers, selon lui, des cadavres gisent encore dans les rues, et les ambulances ne s’y aventurent plus depuis longtemps. Outre le manque de personnel soignant, cette situation empêche l’approvisionnement en matériel de soins et en médicaments. Le Dr X. a ainsi dans sa clinique un patient traité pour tuberculose, et celui-ci n’a pu être soigné pendant 5 jours consécutifs. « J’ai tenté d’aller chercher le traitement dont il avait besoin dans un autre quartier, raconte le Dr X., mais je n’y suis pas parvenu. » C’est finalement une ambulance qui circulait dans ce quartier, prévenue par téléphone portable, qui a pu récupérer le précieux traitement, tirant le patient d’affaire.
Et l’avenir ? « Sur le plan sanitaire, c’est loin d’être fini, pronostique-t-il, mais ça dépend en partie de la bonne volonté des uns et des autres. » Pour le reste, le Dr X. avoue être épuisé, mais il continue à assurer les soins comme il peut : « Nous avons la volonté pour ça, conclut-il, et nous sommes aidés par notre sens de l’éthique. »
Santé mentale des jeunes : du mieux pour le repérage mais de nouveaux facteurs de risque
Autisme : la musique serait neuroprotectrice chez les prématurés
Apnée du sommeil de l’enfant : faut-il réélargir les indications de l’adénotonsillectomie ?
Endométriose : le ministère de la Santé annonce une extension de l’Endotest et un projet pilote pour la prévention