CMGF 2023

Aptitude à la conduite automobile : l’évaluation médicale en question

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Publié le 11/04/2023
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Crédit photo : GARO/PHANIE

Jusqu’où les généralistes doivent-ils s’impliquer dans la sécurité routière ? À l’occasion d’une session co-organisée par le Collège de la médecine générale (CMG) et la Délégation à la sécurité routière (DSR), plusieurs généralistes ont exprimé leurs interrogations.

Comme l’a souligné Florence Guillaume, déléguée inter­ministérielle à la sécurité routière, « depuis quelque temps, le sujet de l’aptitude (médicale) à la conduite revient sur la table de façon régulière ». Si les seniors sont fréquemment pointés du doigt, les refus de priorité, erreurs d’inattention, contresens, etc., à l’origine d’accidents mortels sont surtout dus à des problèmes de santé. « Une étude conduite sur 32 pays a confirmé que l’âge n’est pas en lui-même un facteur d’accidentalité, au contraire des malaises, des problèmes de vue, etc. », rapporte le Dr Anne-Marie Gallot, conseillère technique interministérielle santé à DSR.

D’où la mise à contribution des généralistes. Selon Florence Guillaume, les médecins traitants « ont un rôle de détection » des sujets potentiellement inaptes à la conduite. Soit des patients concernés par les pathologies listées dans l’annexe 3 de la directive européenne de 2022 : pathologies cardio­vasculaires pouvant entraîner un malaise au volant, pathologies de la vision, perte d’audition sévère non appareillée, etc.
En outre, ils ont un rôle de conseil, voire un devoir d’information. « Il faut pouvoir montrer qu’on a informé le patient », souligne le Dr Gallot.

Il n’incombe toutefois pas aux généralistes d’évaluer directement la capacité à conduire ou de retirer le permis. Et encore moins de dénoncer ses patients aux autorités, le secret médical prévalant. « Le seul autorisé à donner un avis au préfet est le médecin agréé permis de conduire », vers lequel les généralistes peuvent seulement orienter les patients, souligne le Dr Gallot.

Le secret médical mis à mal ?

Cependant, cette conduite à tenir interroge. En témoignent les réactions manifestées lors de la session. Certains soulèvent un risque de culpabilisation des patients et de leur famille. Par ailleurs, la consultation chez un médecin agréé reste à la charge des patients. De plus, certains craignent le développement d’une médecine défensive. Et la question du secret médical semble rester un nœud – car une fois un médecin agréé contacté par les patients, « il n’existe pas de secret médical opposable au médecin agréé », insiste le Dr Nadia Zouarh, médecin agréée en Île-de-France.


Source : lequotidiendumedecin.fr