À l’automne 2018, après des négociations conventionnelles mouvementées, l’Assurance maladie commençait à rembourser les téléconsultations. Certains médecins ont boudé cette nouvelle possibilité quand d’autres, moins nombreux, s’en sont rapidement emparés. Et si l’on en croit les témoignages recueillis par Le Généraliste, il semblerait qu’il y ait autant de façons d’envisager la téléconsultation qu’il y a de téléconsultants.
« Je travaille beaucoup avec les pharmacies », explique par exemple le Dr Jean-François Deverre, généraliste installé à Triel-sur-Seine, dans les Yvelines. Celui-ci indique que les journées où il n’est pas présent à son cabinet, il peut faire une vingtaine de téléconsultations avec des patients qui se rendent dans diverses officines de tous les coins de France. « Je me retrouve un peu dans les conditions du 15, mais avec des choses en plus », se réjouit-il. Le Francilien apprécie notamment la possibilité de prescrire, ce qui lui était inaccessible quand il travaillait pour le centre 15, et les outils de diagnostic que la plateforme met à sa disposition (autoscope, tensiomètre, etc.).
« Pour mes patients seulement »
Le Dr Benjamin Potencier, généraliste à La Tour-du-Pin, en Isère, a adopté un mode de fonctionnement radicalement opposé. « Je ne fais des téléconsultations qu’avec les patients que je connais », détaille-t-il. Habitant à 50 kilomètres de son cabinet, il utilise notamment cette possibilité le jeudi, jour où il ne se rend pas à la Tour-du-Pin. « C’est pratique », confie-t-il.« J’ai accès au dossier à distance, et cela permet de rassurer certains patients qui prennent rendez-vous pour des motifs assez basiques, ne nécessitant pas d’examen clinique ou uniquement un examen clinique visuel. »
L’Isérois ajoute qu’il utilise également la téléconsultation pour répondre de chez lui aux besoins de certains patients « qui ne peuvent pas consulter pendant les horaires d’ouverture du cabinet ». De la même façon, il lui arrive de se connecter pendant ses vacances. « Je ne trouve plus de remplaçant, c’est donc un outil qui me permet de me rendre disponible », explique-t-il, reconnaissant qu’il y a là un risque de « se faire déborder ».
Mieux répondre aux besoins
De son côté, Jean-François Deverre utilise également la téléconsultation avec sa propre patientèle, mais il le fait davantage dans une logique de productivité. « Je tiens à ce que mes patients obtiennent des rendez-vous en moins de 48 heures, et la téléconsultation m’aide à y parvenir », affirme-t-il. Pour lui, en effet, « il est inacceptable de faire attendre dix jours des gens qui ont une infection urinaire ou les parents inquiets d’un enfant de deux ans ». Il estime que la médecine générale doit pouvoir répondre aux besoins urgents au lieu de s’en remettre au secteur hospitalier. S’il n’utilise pas forcément la téléconsultation dans ces cas précis, elle lui permet de libérer des créneaux pour ceux de ses patients qui doivent le voir rapidement.
Si différents que soient l’Isérois et le Francilien dans leur approche de la télémédecine, ils s’accordent au moins sur une chose : une fois que leurs patients y ont goûté, ils ont du mal à s’en passer. « J’ai plutôt de bons retours », affirme Benjamin Potencier. « Ceux qui ont déjà téléconsulté ont une forte probabilité de le refaire. » Jean-François Deverre ne dit pas autre chose : « Il y en a qu’il faut freiner », s’amuse-t-il. Et la crise du coronavirus, qui est en train de faire découvrir la téléconsultation à des milliers de patients, ne va probablement pas inverser la tendance.
Des patients davantage réceptifs
58 % des Français se disent « de manière générale » prêts à utiliser la téléconsultation, d’après un sondage Harris interactive réalisé en ligne auprès de 1 013 personnes en janvier dernier pour la plateforme Livi. Mieux, ils sont 88 % à envisager la téléconsultation dans au moins une situation parmi une dizaine de possibilités évoquées par les enquêteurs (renouvellement d’ordonnance, conseil médical, etc.).
Petit bémol toutefois : en l’absence de leur médecin traitant, 57 % des personnes interrogées préfèrent consulter un autre généraliste dans son cabinet plutôt que de recourir à la téléconsultation.
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